« Brooklyn Secret » : une migrante transgenre au pays de Donald Trump

La réalisatrice et actrice philippine Isabel Sandoval signe le portrait d’une femme libre, inspiré de son propre parcours.

Par Publié le 01 juillet 2020 à 07h00

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Isabel Sandoval, actrice et réalisatrice du film « Brooklyn Secret » (2020).

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A côté des cinéastes Lav Diaz et Brillante Mendoza, témoins engagés des traumatismes de la société philippine, Isabel Sandoval développe son esthétique minimaliste au carrefour des questions migratoires et de genre. Née en 1982 à Cebu City, la réalisatrice vit à Brooklyn où elle a tourné son troisième long-métrage, inspiré de sa propre histoire. Elle a écrit le scénario de Brooklyn Secret, l’a monté et interprète le rôle principal : comme Olivia, Isabel Sandoval a effectué une transition du masculin au féminin il y a une dizaine d’années.

Isabel Sandoval filme avec sensualité une femme d’intérieur (Olivia), pliant le linge, prenant soin d’Olga

Migrante transgenre, Olivia travaille comme soignante auprès d’Olga (Lynn Cohen), une vieille dame russe ashkénaze résidant à Brighton Beach. Sans papiers, elle tente de réunir l’argent nécessaire pour organiser un mariage arrangé avec un Américain – l’homme va finalement renoncer, ayant rencontré une autre fille dont il tombe amoureux. C’est lors de conversations téléphoniques entre Olivia et sa mère, restée aux Philippines, que l’on découvre les tracasseries administratives dans lesquelles l’héroïne se débat. Ou lors de ses rencontres furtives avec son amie d’enfance philippine, qui vit aussi à New York : Trixie (Ivory Aquino) a réussi à se marier et semble sortie d’affaire.

Isabel Sandoval filme avec sensualité une femme d’intérieur (Olivia), pliant le linge, prenant soin d’Olga, comme un discret hommage au film de Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles (1975), portrait d’une femme au foyer (Delphine Seyrig) qui se prostitue et reçoit ses clients. Olga veut vivre sa vie, sa sexualité, que la cinéaste capte avec naturel, sans souci de performance.

Fragile monotonie

Cette fragile monotonie est interrompue lorsque le petit-fils d’Olga, Alex (Eamon Farren), beau gosse à la réputation de loser, est de retour dans la famille. Olivia et Alex tombent amoureux, mais Olivia ne dit pas un mot de sa transition. Le silence semble être le meilleur allié de ces deux amants à la vie cabossée, jusqu’au jour où Alex apprend qu’Olivia est une femme transgenre, par un « ami » malintentionné. Quelque part, il se sent trahi.

Inquiète et toujours aux aguets, Olivia occupe très peu l’espace public, ou alors de manière stylisée

Inquiète et toujours aux aguets, Olivia occupe très peu l’espace public, ou alors de manière stylisée, patientant sur le quai du métro aérien, longeant son élégante architecture métallique… Le domaine extérieur appartient à Alex qui travaille dans un entrepôt de viande, et retrouve ses amis pour des soirées alcoolisées.

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