Cristina Comencini, entre deux valises

Pour explorer ce qu’elle nomme le « drame collectif » de la séparation, la romancière italienne, qui partage sa vie entre Rome et la France, a pris le temps de mettre à distance son récit intime.

Par Publié le 28 juin 2020 à 08h00

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Cristina Comencini, en 2015.

Qu’il paraît loin, le « silence des villes » évoqué par Cristina Comencini dans « Le Monde des livres », le 20 mars dernier ! L’écrivaine italienne, confinée à Rome, mais qui partage, en temps normal, sa vie entre l’Italie et la France, s’était déjà adressée à ses « Chers cousins français » dans Libération, le 12 mars, pour décrire son quotidien dans un pays en quarantaine, et avertir ses voisins transalpins incrédules de ce qui les attendait. Elle notait cette fois-ci la poésie de ces rues « incroyablement désertes », remarquant que « la beauté de ce que nous avons construit » ne se comprend pleinement « que si on le vide de nous ». Ce jour de juin, alors que les cafés viennent de rouvrir leurs salles après avoir élargi leurs terrasses, c’est plutôt le niveau sonore infernal de Paris qui frappe, ses bruits de moteurs, ses klaxons, ses sirènes, lesquels couvrent largement l’agréable brouhaha des conversations. Et le ton très doux avec lequel s’exprime la romancière, parfaitement francophone.

Reprendre la main

On avait tout simplement oublié qu’il pouvait être difficile de s’entendre lors d’une discussion ordinaire autour d’un espresso et d’un verre d’eau. Mais qu’importe, Cristina Comencini, tout juste de retour dans un Paris sans touristes où elle observe avec bienveillance les visages de « gens qui ont l’air très heureux de sortir », et où tout lui paraît « très vivant », est ravie de cette première interview déconfinée. Car si la « visio » a permis aux familles et aux amis de rester en contact et d’abolir les distances, elle a aussi relativement changé la teneur des échanges menés par ce moyen.

L’écrivaine, qui a dû accompagner de cette façon-là la sortie en France de Quatre amours, son douzième livre, et en Italie celle de Tornare (« Revenir »), son nouveau film, tous deux programmés pour la mi-mars, a souvent eu le sentiment que le dispositif se prêtait davantage à « un interrogatoire » qu’à une conversation. D’autant que, pour le roman, il s’agissait de parler d’un livre « qui n’était encore qu’un désir, que les gens ne pouvaient pas se procurer, puisqu’il se trouvait dans des librairies fermées ». Il y avait donc quelque chose d’assez étrange dans le fait de répondre à des questions sur ce texte qui n’avait encore nulle existence partagée avec les lecteurs français.

Et qui revêtait pourtant une telle importance dans le parcours de son autrice, à laquelle il avait permis de reprendre la main sur son histoire personnelle et sur les difficultés qu’elle avait rencontrées. Dans sa première version, le livre était en effet, et pour la première fois, totalement autobiographique. Malgré les encouragements de son éditeur, Cristina Comencini préfère le laisser de côté, mettre son histoire à distance grâce à la fiction. Le dispositif romanesque qu’elle élabore mêle ainsi les histoires de plusieurs personnes de sa connaissance, tout en lui permettant d’adopter aussi bien les points de vue des hommes que des femmes qu’elle met en scène. Et d’écrire avec ce qu’elle nomme ses « deux valises », les « deux modalités de [s]on écriture » : « la féminine, plus intime, en quête de sensations nouvelles encore sans paroles, et la masculine, héritée de millénaires de culture patriarcale », lesquelles « se côtoient, se chevauchent, en harmonie ou en conflit ». « Elles sont toutes les deux moi », écrit-elle en ouverture de Quatre amours.

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