Exposition : la fascinante exubérance de Marcel Gromaire à Roubaix

Le musée La Piscine consacre une rétrospective au peintre du Nord, remarqué pour ses compositions audacieuses et son style inclassable.

Par Publié le 26 juin 2020 à 08h00

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« Sèvres ou Les Arts de la Terre et du Feu ou Les Loisirs ou Les Temps libres ou La Paix sous le soleil de France » (1936), de Marcel Gromaire, huile sur toile. Dépôt à La Piscine, Musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix en 2000.

Il se représente souvent, par le dessin ou la peinture, le visage assez allongé, de trois quarts, le crâne dégarni, de grosses lunettes rondes et une pipe au bec. Des photographies le montrent toujours impeccablement vêtu, en costume et portant cravate, que ce soit en ville ou dans l’atelier (à la campagne aussi, où, jeune homme, il se présente sur une photo ainsi accoutré peignant en plein milieu d’une prairie), comme il sied au notaire qu’il a failli devenir. Marcel Gromaire (1892-1971) a, physiquement, de faux airs de Mondrian. De Matisse à Kandinsky, les peintres les plus révolutionnaires ont aimé avoir des allures de bourgeois.

Lire la nécrologie (en avril 1971) : Marcel Gromaire, un peintre qui venait du Nord

Révolutionnaire, Gromaire ? C’est sans doute exagéré. La rétrospective que lui consacre le musée La Piscine, à Roubaix, après avoir tourné à Honfleur et à Sète dans un format réduit, donne plutôt le portrait d’un individualiste farouche : il a peint des villes, mais aussi des champs, des ouvriers et également des grands bourgeois, des maisons closes et des tableaux religieux. Il a tâté de tout, du pointillisme, du cubisme, sans rien adopter de ce qu’avaient inventé ses camarades. Même aux écoles, il fut rétif, préférant aux Beaux-Arts les « académies libres » de Montparnasse, où il prit des leçons d’Henri Le Fauconnier, cubiste aujourd’hui injustement négligé, et d’Henri Matisse.

Gromaire est né à Noyelles-sur-Sambre, dans le nord de la France. Sa mère meurt des suites de son accouchement. Il est élevé par sa grand-mère, peintre amatrice, et sa tante, poètesse, dans une grande maison, ancienne dépendance de l’abbaye de Maroilles, qui revient souvent dans ses tableaux. Puis il rejoint à Paris son père, qui enseigne l’allemand au lycée Buffon. Celui-ci l’oriente vers le droit. A la basoche, il préfère la palette. Cela dure deux ou trois ans tout au plus, avant que ne sonne l’heure de la conscription : en 1913, Gromaire commence son service militaire près de Lille. Lorsque la première guerre mondiale éclate, il est déjà sous l’uniforme, et les circonstances l’obligeront à le garder six ans.

Effrayante expérience

C’est de cette effrayante expérience que naît, des années après, en 1925, son tableau le plus célèbre. Il fut un temps où tous les jeunes Français le découvraient dans leur manuel scolaire, celui d’histoire, pour illustrer la guerre – c’est son titre – et peu de ce qui fut peint sur ce thème l’a été de manière aussi sobre : point d’héroïsme, pas de tuerie, juste trois poilus assis dans une tranchée, engoncés dans leur capote, tandis que deux autres debout surveillent la ligne de front à travers une meurtrière. Les uniformes prennent des allures d’armure médiévale, le brillant en moins, l’aspect est plus minéral que métallique : ils sont des rochers statiques posés dans leur tranchée, et ils attendent, stoïques, mélange d’angoisse résignée et d’ennui. Seule la facture, inspirée du pointillisme, met un peu de vie là-dedans.

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