Avec le compositeur Mauro Lanza, l’électroacoustique au naturel

Cycle de pièces associant accessoires et instruments selon d’étonnants dispositifs régis par ordinateur, « Systema naturae » constitue le grand œuvre de cet artiste inclassable.

Par Publié le 26 juin 2020 à 19h22

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Le concepteur d’objets sonores Andrea Valle (à gauche) et le compositeur Mauro Lanza (à droite), en juin 2019, à Turin.

Qui n’a jamais entendu l’appel insistant du Minaeptacta gringi ou l’ululement plaintif de la Phola reicha ignore tout de la capacité avant-gardiste du règne animal. A condition que ce dernier soit investi par le compositeur Mauro Lanza (né en 1975) et son complice Andrea Valle (né en 1974), concepteur d’objets sonores… et d’un bestiaire imaginaire. Un trio à cordes, des appareils pris dans la vie courante (radios-réveils, couteaux électriques, tourne-disques), un ordinateur, et le tour est joué ! Impossible de résister à l’incantation du Taleus photothodecae.

Conçu entre 2013 et 2017 et enregistré en première mondiale pour le label Stradivarius par le Mdi ensemble, basé à Milan, le cycle Systema naturae constitue le témoignage le plus abouti de l’existence sur la planète « contemporaine » d’un monde vraiment à part, le monde de Mauro Lanza. Celui-ci nous parvient sous la forme de quatre collections savamment agencées. La première – Regnum animale (« règne animal ») – s’achève ainsi dans l’apothéose festive de l’Hoopus lindens. Comme les trois suivantes, cette caractérisation pseudo-scientifique d’un ordre naturel dure une vingtaine de minutes. Elle fait défiler vingt-quatre spécimens (dont les noms latins ont été inventés avec humour) dans une logique du signal bref.

Lire le portrait (en 2016) : Mauro Lanza, le « Paganini » du sèche-cheveux

A base de torsions, déchirures, étirements, plutôt répétitifs, le bestiaire de Lanza s’exprime dans un poinçonnage irrationnel mais hypnotique du silence. Fondé sur des séquences plus longues et des sonorités tenues, Regnum vegetabile (« règne végétal », dix-huit espèces) semble réunir des espaces de croissance propices, entre autres, au développement des tiges graciles et effilées de l’Hodolindereus hyboalga. S’y distinguent aussi le clapotis marécageux du Tocactocepia eventaeticans et le déclin fatal (du genre grandeur et décadence) des Ferocylopia erossini.

Polyphonies inclassables

Le Regnum lapideum (« règne minéral », douze pièces) se caractérise par un flux atomisé, à l’instar du grouillement frénétique de l’Aligurius. Les Fossilia (« fossiles », six exemples), enfin, manifestent une résurgence de la note, voire de la mélodie, et s’appréhendent comme de véritables partitions au déploiement figé, à l’instar du millefeuille d’Aranichnia. Chaque volet de Systema naturae constitue une mini-épopée pour des musiciens explorateurs appelés à se diriger à l’oreille (pas de chef).

Les dispositifs mis en place par le compositeur sortent vraiment de l’ordinaire

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