Les sections parallèles cannoises dévoilent leurs stratégies pour 2020

La Semaine de la critique et l’ACID ont publié leurs sélections de films, la Quinzaine des réalisateurs renonçant pour sa part à donner des labels, préférant soutenir une liste de longs-métrages.

Par Publié le 04 juin 2020 à 13h59 - Mis à jour le 05 juin 2020 à 13h42

Temps de Lecture 4 min.

« Si le vent tombe », de Nora Martirosyan, un film « colabellisé » par la Sélection officielle du Festival de Cannes et par l’ACID, en juin 2020.

C’est comme un départ de course, qui n’aura pas lieu : après la Sélection officielle et les 56 longs-métrages labellisés « Cannes 2020 », dévoilés mercredi 3 juin par le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, c’est au tour des trois sections parallèles, la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique et l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) de rendre publiques leurs listes de films ainsi que leur stratégie pour cette étrange 73e édition du Festival de Cannes qui n’a pu se tenir physiquement, du fait de la crise sanitaire.

Lire le récit : A défaut de palmarès, Cannes décerne son label à 56 films

Cette année, la compétition se jouera non pas sur la Croisette, mais dans les salles de cinéma. Le label cannois, qu’il provienne de la Sélection officielle ou des sections parallèles, aura aussi vocation à aider les distributeurs à mieux diffuser les films, et les exploitants à remplir les salles. Le délégué général de la Semaine de la critique, Charles Tesson, le dit assez clairement dans un communiqué publié jeudi 4 juin : dans le climat incertain, l’équipe de la Semaine a été amenée à « privilégier des films français qui ont prévu de sortir en salle avant la prochaine édition du Festival de Cannes », écrit-il. « Quant aux nombreux films étrangers qui ont retenu notre attention, dont beaucoup n’ont pas encore de distributeurs en France ni nécessairement de vendeurs internationaux, ils ont pour la plupart préféré attendre les conditions d’un vrai festival, dont la prochaine édition de Cannes. »

Poursuivant le même but – le soutien aux œuvres et à la filière cinématographique –, chacune des sections parallèles emprunte toutefois un « couloir » différent.

Pas de sélection à la Quinzaine des réalisateurs

Le patron de la Quinzaine des réalisateurs, Paolo Moretti, a renoncé à présenter une sélection d’œuvres, comme il l’explique au Monde : « Nous avons terminé le processus de sélection, mais la Quinzaine des réalisateurs ne fera pas d’annonce officielle en 2020, ni ne décernera de label dans les mêmes termes que d’autres sélections. Nous avons en revanche établi une short list confidentielle de quelques dizaines de films (sur un total d’environ 1 600 longs-métrages visionnés), et avons averti leurs auteurs de l’intérêt que la Quinzaine porte à leur travail », explique-t-il, en invoquant le contexte particulier de 2020. « Faire une annonce officielle nous est apparu incompatible avec la plupart des films avec lesquels nous étions en discussion, car un nombre important d’entre eux ont choisi d’attendre 2021 ou bien de se reporter vers les prochains festivals : Venise, Saint-Sébastien ou Toronto », reconnaît Paolo Moretti.

Lire le portrait : La Quinzaine des réalisateurs s’offre Paolo Moretti

Libre aux équipes de ces films d’aller frapper à la porte d’autres festivals de catégorie A (Venise, Berlin, Saint-Sébastien, Toronto…). Quitte à revenir toquer à celle de la Quinzaine, le cas échéant : « La porte de la Quinzaine reste ouverte à ceux qui souhaiteraient candidater à nouveau en 2021. Nous n’excluons pas non plus d’être partenaires de certaines œuvres lors de leur sortie en salle. Il n’y a donc pas de “label Quinzaine”, mais le fait d’avoir été retenu dans la short list avec une communication officielle qui le prouve, pourra, nous l’espérons, aider un film dans son parcours festivalier ainsi que dans le cadre des ventes internationales. »

Un nombre resserré de films à la Semaine de la critique

La Semaine de la critique, qui ne sélectionne que des premiers et seconds films, propose cette année « un programme d’accompagnement hors les murs » autour d’un nombre limité d’œuvres : cinq longs-métrages (au lieu de sept habituellement) et dix courts-métrages bénéficieront du label « Semaine de la critique 2020 ». Quant aux films francophones de la sélection – quatre longs-métrages sur les cinq ont la nationalité française –, ils seront présentés dans le cadre d’une carte blanche « Semaine de la critique » au Festival du film francophone d’Angoulême, lequel devrait avoir lieu du 28 août au 2 septembre.

Partenaire de la Semaine, la Fondation Gan a décidé de maintenir en 2020 le prix à la diffusion (doté de 20 000 euros) qui récompense chaque année le distributeur de l’un des films sélectionnés – en 2019, ce prix avait été attribué au distributeur français The Jokers, pour Vivarium, de Lorcan Finnegan. « Le message est le suivant : nous sommes là ! L’industrie française a été très impactée, avec l’arrêt des tournages et la fermeture des salles. Nous maintenons donc nos soutiens au cinéma, depuis l’aide au scénario jusqu’à la sortie en salles – sans oublier la VOD pendant le confinement », explique au Monde la déléguée générale de la Fondation Gan, Dominique Hoff.

Une sélection préservée de neuf longs-métrages à l’ACID

La déléguée générale de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), Fabienne Hanclot, a tenu à préserver la sélection traditionnelle de neuf longs-métrages, effectuée par un collège de cinéastes. « Durant toute l’année, l’Acid soutient les films cannois avec un réseau de salles et un groupe de cinéastes “parrainant” les œuvres. Nous allons donc poursuivre ce travail avec la sélection 2020 qui s’avère très féminine, sans que nous l’ayons vraiment recherché », précise Fabienne Hanclot. Si l’on retrouve des auteurs déjà sélectionnés à l’ACID, comme Ilan Klipper, qui présente cette année Funambules, la sélection 2020 propose quatre premiers longs-métrages (sur un total de neuf).

A présent, il va falloir faire découvrir ces œuvres dont certaines n’avaient pas encore de distributeurs il y a quelques jours. En plus des projections réservées aux exploitants, des projections publiques, en présence des équipes, devraient avoir lieu, du 25 au 29 septembre, au Louxor à Paris, du 2 au 4 octobre, au Comœdia à Lyon, ainsi que, du 8 au 11 octobre, au Gyptis et à La Baleine, à Marseille. Enfin, pour la première fois, la Sélection officielle a décidé de « coprésenter » un film avec l’ACID, Si le vent tombe, premier long-métrage français, arménien, belge, de Nora Martirosyan. « Cette année, on ne s’est jamais interdit de “colabelliser” des œuvres. Tout est tellement incertain que chacun fait au mieux pour les films », conclut la patronne de l’ACID.

14 longs-métrages distingués par la Semaine de la critique et l’ACID
  • Semaine de la critique

After Love, film britannique d’Aleem Khan

De l’or pour les chiens, film français d’Anna Cazenave-Cambet

La Nuée, film français de Just Philippot

Sous le ciel d’Alice, film français de Chloé Mazlo

La Terre des hommes, film français de Naël Marandin

  • ACID

Les Affluents, film cambodgien et français de Jessé Miceli

Funambules, film français d’Ilan Klipper

Les graines que l’on sème, film français de Nathan Nicholovitch

Il mio corpo, film suisse et italien de Michele Pennetta

The Last Hillbilly, film français et qatari de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe

Loin de vous j’ai grandi, film français de Marie Dumora

Si le vent tombe, film français, arménien et belge de Nora Martirosyan (« colabellisé » avec la Sélection officielle du Festival de Cannes)

La Ultima Primavera, film néerlandais et espagnol d’Isabel Lamberti

Walden, film français de Bojena Horackova

Sur le Web : www.quinzaine-realisateurs.com ; www.semainedelacritique.com ; www.lacid.org

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