A Châtenay-Malabry, le quartier de la Butte-Rouge lutte pour sa survie

Alors que la mairie veut radicalement transformer la cité-jardin, amoureux de l’architecture du XXe siècle et écologistes se mobilisent pour la préserver.

Par Publié le 03 juin 2020 à 07h00 - Mis à jour le 03 juin 2020 à 12h24

Temps de Lecture 7 min.

Article réservé aux abonnés

Le quartier de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

Dans un splendide parc paysager de 70 hectares, une collection de bâtiments modernistes en béton rose abrite près de 4 000 logements, des écoles, une crèche, des équipements sportifs, des commerces, une bibliothèque, une église, des jardins potagers… Nous sommes à la Butte-Rouge, à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine, un quartier où vivent 10 000 habitants, le tiers le plus pauvre de la ville, qui cristallise aujourd’hui un conflit brûlant. Alors que la mairie (LR) veut radicalement le transformer pour faire du neuf et « accroître la mixité sociale », amoureux de l’architecture du XXe siècle et défenseurs de l’environnement se mobilisent pour le préserver.

Inspirée du modèle anglais des cités-jardins, imaginé par Ebenezer Howard et Raymond Unwin à la fin du XIXe siècle, la Butte-Rouge fut édifiée dans le cadre du plan d’extension de la banlieue conçu par Henri Sellier, président de l’Office public d’habitations à bon marché de la Seine (OPHBM), pour répondre à la pénurie et à l’insalubrité des logements parisiens de l’époque. Cette écocité avant l’heure alliait une certaine densité urbaine avec un rapport étroit à la nature et une vision hygiéniste de l’architecture – des principes avec lesquels la discipline, en ces temps d’épidémie et de crise climatique, cherche à renouer aujourd’hui.

Sa construction, étalée entre 1931 et 1965, témoigne à la fois d’un respect de la topographie – de la déclivité du site notamment – et d’un souci de cohérence architecturale. Aux architectes Joseph Bassompierre-Sewrin, Paul de Rutté, André Arfvidson, Paul Sirvin et son fils Pierre, qui l’ont mise en œuvre, et au paysagiste André Riousse qui les a accompagnés, les habitants doivent de vivre aujourd’hui dans des appartements traversants dotés de beaux balcons arrondis, de cages d’escalier en verre qui structurent les façades, de larges fenêtres d’angle, de vues faisant la part belle au paysage, de matériaux de qualité…

« Du beau pour les prolos »

Le tout dans un cadre luxuriant où le paysage, structuré par un réseau de places et de placettes, de grandes artères et de venelles ombragées, dialogue avec les asymétries géométriques d’une architecture d’inspiration Bauhaus. C’est « du beau pour les prolos », comme l’a résumé Jean-Louis Cohen, historien de l’architecture devenu porte-voix du combat pour la préservation de ce patrimoine. Avec de nombreux architectes, urbanistes, universitaires, il a signé une pétition dénonçant « un projet de transformation qui se soldera par la disparition d’un “grand ensemble” témoin d’une conception humaniste exceptionnelle dans l’histoire de l’habitat populaire en région parisienne » et demandant à ce qu’il soit classé au titre des Sites patrimoniaux remarquables (SPR).

Il vous reste 72% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.