« La Consolation » : le viol à l’épreuve de la mémoire

La réalisatrice Magaly Richard-Serrano adapte avec tact et élégance le livre autobiographique de Flavie Flament.

Par Publié le 30 mai 2020 à 20h00

Temps de Lecture 1 min.

Philip Schurer (David Hamilton) et Lou Gable (Flavie) dans « La Consolation » (2017), réalisé par Magaly Richard-Serrano.

TV5 MONDE - SAMEDI 30 MAI À 23 H 05
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En octobre 2016, Flavie Flament publiait La Consolation (JC Lattès). Dans ce livre autobiographique, l’animatrice de radio et de télévision révélait avoir été violée, à 13 ans, par un photographe « mondialement connu ». Les faits s’étaient produits à plusieurs reprises en 1987 au cap d’Agde (Hérault), où elle passait des vacances en famille.

Flavie Flament n’avait pas don­né pas le nom de son agresseur. Mais, sur les réseaux sociaux, celui de David Hamilton avait été immédiatement et abondamment cité. Peu de temps plus tard, l’animatrice avait confirmé.

Lui qui, du haut de sa notoriété et de sa cinquantaine avancée, « faisait son marché » sur les plages, aux terrasses de café. Et convainquait les parents de lui laisser quelques heures leur fille pour des séances photo durant lesquelles il leur demandait de prendre des poses érotiques, nues ou revêtues de robes transparentes.

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Flavie Flament fut de celles-là. Encouragée par une mère flattée de l’intérêt porté par une célébrité à sa fille, elle s’était prêtée au jeu des séances jusqu’au jour où David Hamilton lui avait ordonné de s’allonger et avait commencé « à s’adonner à des choses dont on sait pour le coup que c’est grave ».

Montée en puissance de la dramaturgie

Il fallait beaucoup de tact pour adapter le livre à la télévision. La réalisatrice Magaly Richard-Serrano – également coscénariste avec Flavie Flament – en a fait preuve à chaque étape : direction d’acteurs, mise en scène, montage. Et surtout, elle a construit La ­Consolation au fil de flash-back dictés par le flux des souvenirs qui reviennent à l’héroïne dans le ­cabinet de son psychanalyste.

Or les premières réminiscences décrivent une enfance « normale, classique, heureuse ». Ce n’est qu’en avançant dans la thérapie que surgissent certains faits moins joyeux – la mère toute-puissante, humiliante, manipulatrice ; le père fermé, le sexe évoqué crûment en famille. Des détails qui, s’agrégeant les uns les autres, contaminent progressivement le climat du film.

Cette délicate montée en puissance de la dramaturgie contribue pour beaucoup à l’élégance que soutient cette adaptation, dès les premiers plans et jusqu’à l’évocation finale du viol, enfoui, oublié durant vingt-cinq ans. Et émergeant des tréfonds de l’inconscient, après plus d’une heure, devant nos yeux.

La Consolation, de Magaly Richard-Serrano. Avec Lou Gable, Emilie Dequenne, Léa Drucker (Fr., 2017, 90 min).

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