L’argent, conducteur d’exception au cœur de la mondialisation, sur Arte

Une série documentaire en trois volets rappelle le rôle déterminant de la Chine des Ming dans l’essor de l’étalon-argent.

Par Publié le 29 mai 2020 à 23h41

Temps de Lecture 2 min.

Coiffes imposantes et bijoux habillant tout le corps : les parures des Miao, une minorité ethnique, illustrent la passion des Chinois pour le métal blanc.

ARTE - SAMEDI 30 MAI À 20 H 50 - DOCUMENTAIRE

Si l’or est le métal roi qui consacre le vainqueur d’une compétition, quand on parle richesse, on évoque l’argent. Le paradoxe ne résiste pas si on s’interroge sur le moteur d’une des plus décisives expériences de mondialisation, celle de la monnaie, qui oblige à dépasser le paresseux ethnocentrisme occidental et à observer le mouvement né dès le XVIe siècle dans la Chine des Ming, qui se considérait justement comme l’empire du Milieu.

Tout commence par l’audacieuse réforme fiscale imaginée par le grand secrétaire Zhang Juzheng qui, au nom de l’empereur Wanli (1563-1620) dont il exerce la régence, décrète en 1581 que désormais taxes et redevances, jusque-là acquittées en corvées ou contributions en nature, se régleront en argent. Astucieuse, cette façon d’éviter les fraudes et de faciliter la circulation des valeurs a un inconvénient toutefois : il faut disposer de beaucoup d’argent et le pays en manque.

Quand les Espagnols présents aux Philippines rêvent de pénétrer l’espace chinois, l’empire reste hermétique à toute infiltration occidentale

La solution viendra d’un commerce transpacifique, grâce aux phénoménales ressources des mines péruviennes du Potosi relevant de la couronne espagnole. Fournisseur de la Chine des Ming, le catholique Philippe II finance ainsi l’Armada qui doit envahir l’Angleterre protestante en 1588, frappant avec le peso ou piastre d’argent la première monnaie internationale.

Mais si le besoin de minerai dit la fragilité de la Chine, la puissance colossale de son marché et le degré inouï de sa production manufacturière lui laissent le contrôle de l’échange. Quand les Espagnols présents aux Philippines rêvent de pénétrer l’espace chinois, l’empire reste hermétique à toute infiltration occidentale, n’ayant rien à acheter sinon le précieux minerai. Qu’il vienne à manquer, galions sombrant ou flux distendus, et la dynastie est menacée, à terre même, quand l’empereur est incapable de payer les soldes nécessaires pour garantir les frontières. C’est ainsi que les Qing succèdent aux Ming en 1644.

Saga passionnante

Balayant plus de quatre siècles et visitant trois continents, l’évocation didactique de Michael Burke et Graeme Hart rétablit le rôle décisif de la Chine dans une mondialisation dont elle a choisi seule l’objet. Pour attirer le métal précieux, l’empire vend soieries, céramiques, mais surtout son thé qui, comme une drogue nouvelle, draine toujours plus d’argent dans les caisses de l’Etat.

Au fil des épisodes d’une saga passionnante qui révèle des figures et des ambitions rarement mentionnées en Occident, on voit la frustration des Européens, Britanniques en tête, contenus aux portes de l’empire, fascinés par ce monde qui les rejette, humiliés de ne pas être tenus pour des interlocuteurs mais juste des fournisseurs. La riposte par l’opium, que les Anglais se procurent au Bengale, est fulgurante. Bouleversant en profondeur l’empire tant l’addiction y gagne, le poison fait fuir les capitaux chinois, et la parade autoritaire de l’Etat ne fait qu’aggraver le différend.

Il faut attendre 1935 pour que la Chine renonce à l’étalon-argent

Deux guerres, où d’autres Occidentaux s’agrègent aux Anglais, consomment la défaite de l’empire, qui sombre toujours plus quand les réformateurs (le prince Gong, l’Irlandais Robert Hart) échouent devant les réticences suicidaires des conservateurs, l’impératrice Cixi en tête.

Il faut toutefois attendre 1935 pour que la Chine renonce à l’étalon-argent, mais, à l’heure des énergies nouvelles, le pays possède aujourd’hui la plus grande ferme solaire au monde. Comme si l’histoire de l’argent, conducteur d’exception, et de la Chine, attendait un nouveau chapitre glorieux.

Comment le métal blanc a façonné le monde, documentaire en trois parties de Michael Burke et Graeme Hart (Chi.-RU, 2018, 3 x 59 et 56 min). Disponible en replay sur Arte.tv jusqu’au 18 juin.

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