Voyage immobile avec l’architecte Marc Mimram à Brasilia

L’ingénieur et architecte multiprimé raconte la découverte d’un bâtiment qui l’a marqué pour la vie. Pour ce troisième volet, direction la moderniste capitale fédérale du Brésil.

Par Publié le 09 avril 2020 à 11h33 - Mis à jour le 09 avril 2020 à 13h41

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Ingénieur et architecte multiprimé, lauréat, notamment, du prix de l’Aga Khan en 2013 pour le pont Hassan-II, à Rabat (Maroc), ou encore du prix spécial de l’Equerre d’argent 2019 pour le court Simonne-Mathieu de Roland-Garros, à Paris (16e), Marc Mimram a vécu pendant deux ans à Brasilia. Pour Le Monde, il revient sur cette expérience fondatrice, entre volutes de béton et végétation tropicale.

L’Espalande des ministères, également appelée « axe monumental », à Brasilia (Brésil), le 20 mars 2020.
L’Espalande des ministères, également appelée « axe monumental », à Brasilia (Brésil), le 20 mars 2020. SERGIO LIMA/AFP

« J’ai fait mon service militaire dans la coopération technique, à l’ambassade de France à Brasilia. Un séjour d’un an et demi, entre 1980 et 1981, que j’ai pu rallonger de six mois quand j’ai gagné, avec l’ingénieur Ernesto Walter et l’architecte Matheus Gorovitz, le concours de l’auditorium de l’université de Brasilia – jamais mis en chantier, malheureusement. Je venais de finir mes études, et ça me semblait intéressant de pouvoir vivre dans un concept. Brasilia est peut-être le seul endroit au monde, avec Chandigarh (Inde), qui offre une telle expérience d’imprégnation, physique, dans un concept, totalement moderniste qui plus est.

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Inaugurée le 21 avril 1960, la ville est née de la rencontre de trois hommes – le président Kubitschek [1902-1976], le grand urbaniste du Brésil, Lucio Costa [1902-1998], et l’architecte Oscar Niemeyer [1907-2012] – et d’un quatrième personnage, totalement inconnu mais qui fut très important dans le projet, l’ingénieur Joaquim Cardozo [1897-1978], un individu fantasque, qui fut aussi homme de théâtre, poète et calligraphe, et qui a calculé tous les bâtiments. Ensemble, ils ont construit la nouvelle capitale du Brésil en moins de quatre ans.

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Brasilia, c’est la théorie urbaine du zonage, la séparation radicale des activités et des flux. La représentation publique au centre, la gare des bus, les hôtels… L’axe central, qui s’appelle « l’axe monumental », relie entre eux les ministères, le Congrès national, le tribunal suprême, le théâtre, la cathédrale, le stade, le centre commercial, les équipements… On trouve aussi, là, les bâtiments militaires et, au bout, la tour de la télévision. Un grand axe courbe le coupe en perpendiculaire, qui regroupe tous les logements dans des « superquadras », des complexes de 240 mètres par 280 mètres qui possèdent chacun 8 à 10 barres d’immeubles. Le tout étant relié par cet axe de circulation à plusieurs vitesses, rapide au centre et plus lent à l’extérieur où il s’ouvre sur les dessertes locales.

« Mesurer le rapport entre le concept et la réalité »

Au bord du lac, dans la zone sud, il y avait les villas, pour les gens plus aisés… Il y avait bien une ségrégation spatiale. Les travailleurs étaient rejetés à l’extérieur de la ville dans des satellites avec jolis noms, comme Guara 1, Guara 2… Entre le rêve social et la réalité il y a eu un grand écart, tant du point de vue de la construction que de l’organisation spatiale – la représentation du pouvoir a été récupérée très facilement, y compris par les militaires. Cette ville nouvelle permet de mesurer le rapport entre le concept et la réalité, l’engagement et la construction effective.

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