« Melville, le dernier samouraï », maître du polar français et américanophile

Diffusé à la suite de son film « Le Deuxième Souffle » (1966), un documentaire est consacré au réalisateur perfectionniste et insomniaque.

Par Publié le 29 mars 2020 à 17h00

Temps de Lecture 2 min.

Alain Delon (Jeff Costello) et François Périer (le commissaire) dans « Le Samouraï » (1967), de Jean-Pierre Melville.
Alain Delon (Jeff Costello) et François Périer (le commissaire) dans « Le Samouraï » (1967), de Jean-Pierre Melville. 1967 PATHÉ FILMS/ÉDITIONS RENÉ CHATEAU

ARTE - DIMANCHE 29 MARS À 23 H 20 - DOCUMENTAIRE

Le titre même, Melville, le dernier samouraï, consacré par Cyril Leuthy au plus grand réalisateur français de l’après-guerre, relève d’une évidence. Il fait référence à l’un des films emblématiques du cinéaste, Le Samouraï (1967), avec Alain Delon, son acteur fétiche – celui dont le jeu, mutique et fondé sur les gestes, s’accordait le mieux avec l’abstraction et le fétichisme de son metteur en scène.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Alain Delon : « Tout ce que j’ai fait au cinéma, je l’ai vécu »

On le sait, l’orientalisme affiché par Jean-Pierre Melville relevait d’un exotisme de pacotille – en témoigne la fausse citation du bushido placée en exergue du Samouraï, ou les références confucéennes revendiquées dans la spirale du destin déployée dans Le Cercle rouge (1970). Cette Asie fantasmée permettait au réalisateur français de déployer son univers si particulier, son goût pour l’inéluctabilité d’un destin tragique imposé à ses personnages, leur réticence à s’exprimer qui leur offrait l’aura du mystère.

Etranger à l’establishment

La condition du samouraï décrivait aussi la situation insulaire de Melville au sein du cinéma français. En rejoignant les rangs de la Résistance, une fois que les lois antijuives instaurées par le régime de Vichy ne lui laissaient plus d’autre choix, le futur cinéaste avait fait l’expérience d’un univers inversé où le camp gaulliste se trouvait composé de supposés hors-la-loi. Les héros gris du réalisateur, placés en permanence sur une corde raide éthique, doivent tout à cette expérience fondatrice de la guerre vécue par le réalisateur.

Lorsqu’il réalise son premier film, Le Silence de la mer, en 1947, d’après le livre de Vercors, Melville se trouve étranger à l’establishment du cinéma français. Le réalisateur le finance avec ses deniers et le tourne avec des chutes de pellicule. Signe d’une autarcie extrême, Melville a monté ses propres studios, rue Jenner, à Paris. A l’étranger, seul Charlie Chaplin était parvenu à ce tour de force, et, en France, Marcel Pagnol.

Melville concevait ses tournages comme une épreuve de force. Le réalisateur s’épanouissait dans le conflit. Son perfectionnisme le mettait en porte-à-faux avec les techniciens qu’il n’estimait pas toujours à la hauteur de cette exigence. Sa méthode le plaçait aussi en opposition frontale à ses stars, tels Jean-Paul Belmondo dans L’Aîné des Ferchaux (1963), ou Lino Ventura dans L’Armée des ombres (1969).

Lire aussi Sélection DVD : Melville, la perfection du film noir

Comme le décrit le documentaire de Cyril Leuthy, le réalisateur, insomniaque, vivait la nuit et fuyait le jour. Melville retrouvait le volant de sa Plymouth Fury pour faire le tour du périphérique et contempler le quartier nouveau de la Défense, si futuriste, si américain dans l’esprit. Ce pays auquel ce réalisateur américanophile aura à ce point rêvé qu’en le mariant avec sa vision topographique de Paris, il aura défini son propre territoire, un « Melville Land ».

L’une des images les plus frappantes du film consacré au maître du polar français est celle extraite du volet de Cinéastes de notre temps, en 1971. Melville, filmé dans sa propriété des Yvelines, s’empare de plusieurs planches de bois qu’il cloue sur ses fenêtres pour s’assurer qu’aucun fil de lumière ne saurait passer. Si la scène reste pittoresque, elle raconte pourtant l’expérience fondatrice du personnage melvillien – Alain Delon dans Le Samouraï, Lino Ventura dans L’Armée des ombres, Yves Montand dans Le Cercle rouge – seul, confiné et livré à ses peurs.

Melville, le dernier samouraï, de Cyril Leuthy (Fr., 2019, 52 min). www.arte.tv/fr/videos/087401-000-A/melville-le-dernier-samourai

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.