Confinement : des opéras à voir en ligne gratuitement

A l’arrêt, les grandes institutions musicales internationales jouent la carte du numérique en proposant de nombreux concerts et opéras gratuits, autant d’évasions possibles pour les oreilles confinées des mélomanes.

Par Publié le 18 mars 2020 à 13h37 - Mis à jour le 18 mars 2020 à 16h12

Temps de Lecture 5 min.

« Carmen », interprété sans public au Staatsoper de Berlin, le 12 mars 2020, pour une diffusion vidéo gratuite.
« Carmen », interprété sans public au Staatsoper de Berlin, le 12 mars 2020, pour une diffusion vidéo gratuite. PETER ADAMIK/AP

Au cours des trois prochains mois – au minimum –, plus de concert, d’opéra ou de spectacle vivant : la brutale fermeture de l’ensemble des institutions musicales sous le coup de la pandémie coronavirale a incité beaucoup d’entre elles à prendre le relais en jouant la carte du numérique. Le but ? Contribuer au moral des troupes et aider la population à mieux supporter le confinement en diffusant gratuitement concerts et productions d’art lyrique sur leurs sites Internet afin que la musique et le spectacle vivant restent présents dans la vie rétrécie des mélomanes.

Dès la semaine dernière, les Berliner Philharmoniker ont mis en place un accès libre à leur plate-forme vidéo, le Digitalconcerthall.com moyennant une inscription nominative. Dans cette caverne d’Ali Baba, plus de 600 concerts, dont une quinzaine sous la direction du nouveau patron de la phalange berlinoise, Kirill Petrenko (concert inaugural avec la Neuvième de Beethoven en 2019), ou des soirées d’archives sous des baguettes de prestige telles Claudio Abbado, Simon Rattle, Christian Thielemann

« La Philharmonie de Berlin est fermée jusqu’au 19 avril pour aider à contenir le coronavirus, mais l’orchestre continuera de jouer pour vous », est-il noté dans le texte liminaire. Sont également disponibles de nombreuses vidéos : documentaires sur l’histoire de l’orchestre, portraits de musiciens et de chefs d’orchestre (à l’instar de celui d’Herbert von Karajan, dont est également diffusé l’enregistrement historique de 1966 dans la Symphonie n°9 de Dvorak dite du « Nouveau Monde »), projets du programme éducatif animé par les Berlinois.

« Nightly Met Opera Streams » et Orchestre symphonique de Göteborg

La nécessité de garder le contact avec un public dont les habitudes risquent d’avoir évolué après des semaines de confinement, tout en constituant au passage des banques de données susceptibles d’être exploitées au moment où reviendront des jours meilleurs, est aussi à l’ordre du jour. Cette profusion de musique mise à fleur d’oreilles 24 heures sur 24 ne va-t-elle pas dérégler la subtile alchimie qui fait qu’on se prédispose au rituel du concert ou de la représentation d’opéra ?

Soucieux de respecter ces codes sociaux, l’Orchestre symphonique de Göteborg, via son site gsoplay.com, a préféré donner des rendez-vous aux mélomanes, afin de préserver l’ancrage temporel et la périodicité d’usage. « L’ambition est de proposer un nouveau concert disponible chaque mardi et vendredi (…) issu de nos riches archives d’artistes internationaux tels que Santtu-Matias Rouvali, Barbara Hannigan et Kent Nagano. Nous espérons que la création musicale constituera un élément apaisant et encourageant en ces jours troublés. »

Peter Gelb, directeur général du Met : « Nous aimerions offrir quelque réconfort aux amateurs d’opéra en ces temps difficiles »

Même son de cloche pacificateur et thérapeutique du côté du Metropolitan Opera de New York, qui a décidé de proposer en accès libre certaines de ses productions, réunies sous le label « Nightly Met Opera Streams ». A commencer par la Carmen de Bizet mise en scène par Richard Eyre, avec Roberto Alagna et l’incandescente Elina Garança sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. « Nous aimerions offrir quelque réconfort aux amateurs d’opéra en ces temps difficiles », a affirmé son directeur général, Peter Gelb, sur le site du Met, précisant que chacun des opéras proposés a déjà fait l’objet d’une diffusion en HD au cours des quatorze dernières années.

Jusqu’au dimanche 22 mars seront donc visibles des productions-phares : La Bohème de Puccini le 17 mars (mise en scène de Franco Zeffirelli, avec Angela Gheorghiu et Ramon Vargas, direction Nicola Luisotti), Le Trouvère de Verdi le 18 mars (mise en scène de David McVicar, avec Anna Netrebko, Dolora Zajick, Yonghoon Lee et le regretté Dmitri Hvorostovsky, direction Marco Armiliato), La Traviata de Verdi le 19 mars (mise en scène par Michael Mayer, avec Diana Damraun Juan Diego Florez, direction Yannick Nézet-Séguin), La Fille du régiment de Donizetti le 20 mars (mise en scène de Laurent Pelly, avec Natalie Dessay et Juan Diego Florez, direction Marco Armiliato), Lucia di Lammermoor de Donizetti le 21 mars (mise en scène de Mary Zimmerman, avec Anna Netrebko, Piotr Beczała et Mariusz Kwiecien, direction Marco Armiliato) et, enfin, Eugène Onéguine de Tchaïkovski le dimanche 22 mars (mise en scène de Robert Carsen, avec Renée Fleming, Ramon Vargas et Dmitri Hvorostovsky, direction Valery Gergiev). Chaque vidéo restera disponible durant vingt heures.

« Garder un lien avec l’Opéra de Paris »

En France, l’Opéra de Paris, qui vient d’annoncer à son tour sa propre contribution – laquelle se calque sur la programmation initialement prévue – a prévu large. Le programme court, en effet, jusqu’au 3 mai inclus. « Rien ne remplacera jamais les émotions ressenties dans une salle de concert ou un opéra, remarque Stéphane Lissner, mais il est indispensable en ces temps difficiles que les gens puissent écouter de la musique et garder un lien avec l’Opéra de Paris. » Le patron de la Grande Boutique rend à ce titre justice à ses partenaires de bonne volonté, France Télévision, Culture Box et Arte Concert.

Se succéderont donc en mars sur le site operadeparis.fr et sur Culture box, la Manon de Massenet, avec Benjamin Bernheim et Pretty Yende (du 17 au 22 mars), le Don Giovanni de Mozart par Ivo van Hove (23 au 29 mars), un grand ballet romantique, Le Lac des cygnes (du 30 mars au 5 avril), puis Le Barbier de Séville de Rossini sous la régie survoltée de Damiano Michieletto (du 6 au 12 avril), une soirée danse avec Jerome Robbins (du 13 au 19 avril), Les Contes d’Hoffmann à succès d’Offenbach et Robert Carsen (du 20 au 26 avril), Carmen de Bizet (toujours Michieletto) avec Roberto Alagna et Elina Garança (du 27 avril au 3 mai). Dans le même laps de temps, sera également disponible le cycle des symphonies de Tchaïkovski par l’Orchestre de l’Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan ainsi que le ballet Giselle et l’opéra Les Indes galantes de Rameau dans la mise en scène de Clément Cogitore.

La riche « concertographie » de la Philharmonie de Paris

Avec plus de cent concerts disponibles sur son site live.philharmoniedeparis.fr, la Philharmonie de Paris n’est pas en reste. Il faudra sans doute plusieurs confinements pour épuiser une riche « concertographie » qui compte dans ses rangs les meilleurs artistes, phalanges symphoniques et baguettes du monde musical international – intégrale des symphonies de Beethoven par Bernard Haitink sur instruments modernes, par Emmanuel Krivine sur instruments d’époque, le concert des 40 ans des Arts florissants, etc. Sans compter les enregistrements de grands entretiens et rencontres avec Daniel Barenboïm, Kaija Saariaho, George Benjamin, Christoph Eschenbach.

A fréquenter également sans modération, la plate-forme de concerts de France Musique (Francemusique.fr) qui offre une sélection de concerts en haute définition, que ce soit ceux des formations maison (l’Orchestre philharmonique de Radio France, l’Orchestre national de France) ou de nombreux orchestres et solistes internationaux.

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.