Todd Haynes : « Les films post-Watergate ont structuré ma cinéphilie »

Le cinéaste américain explique pourquoi il a accepté de tourner « Dark Waters », long-métrage inspiré de faits réels.

Propos recueillis par Publié le 26 février 2020 à 08h45

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Le cinéaste américain Todd Haynes à Paris, en octobre 2017.
Le cinéaste américain Todd Haynes à Paris, en octobre 2017. STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP

Figure du cinéma indépendant, Todd Haynes continue, à 59 ans, de saper les fondements de la société américaine. Après le conformisme social, artistique et sexuel, dans Loin du paradis (2002), I’m not There (2006) ou Carol (2015), son neuvième long-métrage, Dark Waters, dénonce les ravages du capitalisme sur la santé et l’environnement.

C’est Mark Ruffalo, producteur exécutif et acteur principal de « Dark Waters », qui vous a demandé de réaliser le film. Pourquoi ?

En 2016, le New York Times a raconté le combat de l’avocat Robert Bilott, qui a accusé la multinationale DuPont d’empoisonner ses travailleurs et de polluer la région entourant ses usines, en Virginie-Occidentale. La société de production Participant, pour qui Mark avait tourné Spotlight (2015), a acquis les droits de l’article. Selon eux, la première version du scénario ne creusait pas assez l’ambiguïté de l’histoire, son coût humain… Mark, que j’avais croisé dans des festivals, a pensé à moi. Dès que j’ai été disponible, en 2018, j’ai fait retravailler le scénario, et nous avons tourné quelques mois plus tard, à l’automne.

Qu’est-ce qui vous a incité à accepter ?

Dark Waters m’évoque un sous-genre du cinéma politique que j’ai toujours apprécié : des personnages mettent au jour un système de corruption, sans parvenir à faire toute la lumière. Contrairement à certains films plus univoques sur des lanceurs d’alerte, le spectateur ne sort pas de la salle soulagé. Je suis un enfant des années 1970, le cinéma américain produit autour de l’affaire du Watergate a structuré ma cinéphilie. Les films d’Alan J. Pakula, comme Klute (1971), A cause d’un assassinat (1974) ou Les Hommes du président (1976), ont très bien vieilli. Ils figurent, aux côtés du Mystère Silkwood (1983) de Mike Nichols ou de Révélations (1999) de Michael Mann, dans le livre d’images que j’ai transmis à mon chef opérateur, Edward Lachman, pour élaborer le style visuel de Dark Waters. [Todd Haynes sort le livre de son sac à dos, et nous le tend].

Lire la critique : « Dark Waters » : paysage d’hiver avec avocat héroïque

Vous avez inclus des extraits de films plus anciens : L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956), de Don Siegel…

Il y a aussi Tempête à Washington (1962), d’Otto Preminger, sur la corruption de la classe politique. L’usage du Cinémascope y est formidable.

Le livre s’ouvre sur des photographies bleu-vert prises lors des repérages, en Virginie-Occidentale et dans l’Ohio. Pourquoi avoir baigné le film dans ces tonalités ?

Il fallait montrer les éléments de continuité de cette histoire, qui s’étire sur tant d’années. Faire sentir combien les moindres fibres de vie sont contaminées, quels que soient la saison et le décor. Le combat de Rob n’était pas facile à dramatiser. Il y a beaucoup de questions légales et chimiques très techniques, tout un passé compliqué qu’il déterre… Par ailleurs, il réalise ses découvertes par le truchement d’archives ou d’intermédiaires : ce n’est pas un journaliste, comme dans Spotlight ou Révélations, ni un employé qui se retourne contre son entreprise, comme dans Le Mystère Silkwood. Enfin, Rob n’est pas quelqu’un de démonstratif, ce n’est pas Erin Brockovich. Toutes ces difficultés m’ont stimulé.

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