Dans « Lara Jenkins », le réalisateur Jan-Ole Gerster dresse le portrait figé d’une acariâtre

Le long-métrage, qui met en scène la mère froide et solitaire d’un jeune pianiste, souffre de la comparaison avec le film de Michael Haneke.

Par Publié le 26 février 2020 à 14h50

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Corinna Harfouch incarne Lara Jenkins dans le film de Jan-Ole Gerster.
Corinna Harfouch incarne Lara Jenkins dans le film de Jan-Ole Gerster. FRANK GRIEBE/SCHIWAGO FILM/KMBO

L’AVIS DU « MONDE » - POURQUOI PAS

Par une succession de saynètes acerbes étalées sur vingt-quatre heures, Lara Jenkins dresse la personnalité de son héroïne : une femme élégante, solitaire, froide, détestée par ses proches et ses anciens collègues. Mais celle-ci vit pourtant une journée particulière : c’est son soixantième anniversaire et le jour du premier concert de piano de son fils Viktor, l’occasion rêvée de s’amender et de retrouver un semblant de vie sociale et de gentillesse en offrant à qui se trouve sur son chemin des places pour le concert de son fils.

Mais comme une habitude trop bien ancrée, sa cruauté revient sans cesse, notamment lorsqu’elle croise la petite amie de son fils. Excédée par leur discussion, elle profite de son absence pour briser en deux l’archet de son violon. Un geste qui en rappelle un autre : celui d’Erika dans La Pianiste, de Michael Haneke, où, par jalousie, la vieille fille jouée par Isabelle Huppert glissait des morceaux de verre pilé dans la poche du manteau de son élève, blessant gravement sa main.

Sorcières ordinaires

C’est d’ailleurs ce qui trouble face à Lara Jenkins : la silhouette, les tenues et la coiffure de Corinna Harfouch évoquent étrangement l’allure d’Isabelle Huppert, toujours en première ligne lorsqu’il s’agit de jouer les sorcières ordinaires. Les méfaits de Lara pourraient être ceux d’Erika, et jusque dans l’écriture et la mise en scène, le film de Haneke trône au-dessus de Lara Jenkins comme une ombre écrasante.

Mais La Pianiste ne cessait d’ajouter des couches de folie romanesque à son personnage tandis que Lara Jenkins se simplifie à mesure qu’il avance, affectant une forme de froideur et de sophistication qui sied mal à la grossièreté du portrait qui est fait. Bien loin de s’engouffrer dans la complexité de son héroïne, le film la condamne à n’être qu’un cliché figé : celle d’une femme d’autant plus acariâtre qu’elle gagne en âge, littéralement sacrifiée par le film. Scène après scène, Jan-Ole Gerster semble croire que la misanthropie systématique du regard est un gage d’intelligence.

Film allemand de Jan-Ole Gerster. Avec Corinna Harfouch, Tom Schilling, André Jung (1 h 38). www.kmbofilms.com/lara-jenkins

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