A Grenoble, le Bureau des dépositions ne veut plus être empêché de créer

Le collectif d’artistes projette de saisir la justice contre les procédures d’expulsion qui menacent certains de ses membres, demandeurs d’asile. Avec une arme : le statut de co-auteur.

Par Publié le 19 février 2020 à 15h57 - Mis à jour le 19 février 2020 à 16h57

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L’équipe du Bureau des dépositions à Grenoble le 14 juin 2019.
L’équipe du Bureau des dépositions à Grenoble le 14 juin 2019. Simon Marini

Dans leurs contrats figure une clause « d’indivision » qui prévoit l’annulation de la représentation en cas d’absence contrainte de l’un des coauteurs en raison de sa situation administrative. Un paragraphe tout sauf anodin pour Mamadou, Sarah, Ben, Sâa Raphaël, Marie, Pathé, Ousmane, Mamy, Aliou et Elhadj Sory, depuis que le Bureau des dépositions, le collectif d’artistes qu’ils ont fondé il y a un an, a cru voir son élan brisé par l’expulsion de deux membres.

En mai 2019, deux mesures d’éloignement préfectorales ont mis entre parenthèses le travail artistique engagé par ces dix « auteurs-performeurs », dont la collaboration s’était scellée quatre mois plus tôt, autour d’ateliers d’écriture de lettres sur les violences des politiques migratoires. Trois mois après leur transfert respectif vers l’Espagne et l’Allemagne, Mamadou et Elhadj Sory ont à nouveau franchi la frontière, permettant ainsi au Bureau des dépositions de renouer avec ses ambitions.

« On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose pour se protéger », se souvient Ousmane, l’un des huit demandeurs d’asile originaires de Guinée-Conakry qui ont participé à la création du collectif. « L’agent actif de nos œuvres, c’est-à-dire la nécessaire présence physique des uns et des autres lors des temps de création pour échanger et faire œuvre, a été mis en péril », abonde Marie, coautrice au sein du groupe.

Notion de coauteur

À l’exception d’Ousmane, les autres exilés du collectif, âgés de 20 à 29 ans, vivent sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) ou d’un transfert, dit « Dublin », vers le premier pays de l’Europe où leurs empreintes digitales ont été enregistrées. Chaque soir, ils dorment aux côtés d’une soixantaine d’autres demandeurs d’asile au « Patio », un local désaffecté du campus de Grenoble ouvert dans l’urgence au début de l’hiver 2017 pour les abriter.

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« Nous ne sommes pas que des demandeurs d’asile, mais aussi des artistes, avec une œuvre en commun. Expulser l’un d’entre-nous, c’est remettre en cause son évolution », martèle Ousmane. Aux confins de sa démarche artistique, le Bureau des dépositions travaille avec Laurence Greig, une avocate parisienne, au dépôt d’une requête juridique devant le tribunal administratif pour se défendre des procédures d’expulsions qui portent atteinte, estime-t-il, à l’intégrité de son œuvre et à sa liberté de création. Au cœur de ce combat judiciaire, que les dix artistes espèrent initier dès septembre, figure la notion de coauteur : un statut qui relève du droit d’auteur, « un droit fondamental qui n’a pas de nationalité », rappellent-ils, mais dont l’application dans le champ de la performance artistique immatérielle a rarement été explorée.

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