« La Femme révélée », de Gaëlle Nohant : une émancipation transatlantique

Histoire d’un livre. Pour son nouveau roman, l’écrivaine a voyagé dans l’espace – en France et aux Etats-Unis –, le temps – les années 1950-1960 – et l’art – la photographie.

Par Publié le 16 février 2020 à 08h00

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Chicago, années 1950.
Chicago, années 1950. FRANCIS MILLER / THE LIFE PICTURE / GETTY

« La Femme révélée », de Gaëlle Nohant, Grasset, 384 p., 22 €.

Celle dont Gaëlle Nohant suit la trajectoire dans La Femme révélée est une Américaine qui a tout quitté, y compris son fils, pour retrouver une liberté perdue. A l’exil vers Paris succède son retour à Chicago, avec pour toile de fond l’après-guerre et pour seul objectif sûr, celui de son appareil photo.

Au commencement du roman, l’héroïne vient de poser ses bagages, elle compte ses cicatrices dans un pays lui aussi meurtri par des années de conflit mondial. Violet Lee a changé de nom et de continent pour des raisons qui échappent encore au lecteur, la chambre de son hôtel est crasseuse et résonne comme une menace – réelle ou fantasmée –, au-dessus de l’énigme de son départ. Seule certitude, ces sensations qui naissent sous la plume de l’auteure : des draps rêches, un mur contre lequel elle se cogne dans la pénombre et des flashs qui électrisent sa mémoire.

La liberté qu’offre l’éloignement

« Mon pari était que le lecteur s’attache à une femme sur laquelle il porte, au début du livre, un jugement défavorable puisqu’elle a laissé son enfant, explique Gaëlle Nohant au “Monde des livres”. J’avais en tête le personnage de Rosemary’s Baby, le film de Roman Polanski [1968], dont on ne sait jamais vraiment si elle est folle ou non. J’avais envie d’être dans le même genre de regard. » Ce personnage a longtemps flotté dans l’imaginaire de l’auteure, errant comme un capitaine sans navire, avant de trouver sa place dans un livre.

« Je voulais écrire sur ce Paris paradoxal des années 1950, cette ville physiquement et moralement abîmée, où il y avait des pauvres à Saint-Germain-des-Prés, une pénurie de logements… Et malgré tout bercée par la frénésie de l’après-guerre, des flambées de liberté et une passion pour les Américains et le jazz. » La première partie inscrit Violet dans une fresque historique parisienne dont les images se fixent sur la pellicule de l’héroïne, photographe. Seule dans un pays qu’elle ne connaît qu’à travers les discours entendus pendant son enfance, elle découvre la liberté qu’offre l’éloignement, protégée néanmoins par la distance que dresse son appareil photo entre elle et le monde.

« J’avais envie que mon personnage ait une démarche artistique, si possible différente de la mienne. Je me suis dit qu’un appareil photo, ça pouvait s’emporter en exil », explique Gaëlle Nohant

« J’avais envie que mon personnage ait une démarche artistique, si possible différente de la mienne. Je me suis dit qu’un appareil photo, ça pouvait s’emporter en exil. » En 2014, l’écrivaine avait vu le documentaire A la recherche de Vivian Maier, de Charlie Siskel et John Maloof : « J’ai tellement aimé l’histoire de cette photographe – avec ses zones d’opacité – que j’ai même hésité, un temps, à faire d’elle mon héroïne. Mais elle était trop solitaire pour moi. » De surcroît, Gaëlle Nohant a consacré Légende d’un dormeur éveillé (Héloïse d’Ormesson, 2017) au poète Robert Desnos (1900-1945), et ne voulait pas « retrouver les contraintes d’écriture d’un roman biographique ».

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