Exposition : à Saint-Louis, Juliette Jouannais sculpte la couleur

La Fondation Fernet-Branca, dans le Haut-Rhin, montre l’œuvre singulière de l’artiste.

Par Publié le 13 février 2020 à 07h30

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Gouache sur papier découpé, de Juliette Jouannais.

Pendant que bon nombre d’artistes s’inquiètent de représentation – allez, au hasard, un bouquet de tulipes –, d’autres continuent de se poser des problèmes résolument plastiques. Ces derniers sont nombreux, mais l’un est vieux comme l’histoire de l’art, ou presque, déclenché notamment au XVIIe siècle par la querelle des « rubénistes » contre les « poussinistes ». Doit-on privilégier la couleur, comme les premiers, ou le dessin, comme les seconds ? Car on a longtemps cru les deux modes incompatibles, pour des raisons optiques, entre autres : la couleur en effet donne la sensation de faire éclater la forme. Ainsi, dans deux cercles de même surface, l’un paraîtra plus grand s’il est peint en jaune que s’il l’est en bleu.

Matisse apporte une réponse au XXe siècle avec ses papiers découpés. Les ciseaux taillant directement dans la couleur lui donnent une forme qui correspond exactement à son intensité. Du côté des sculpteurs, hormis l’art antique et l’art médiéval, dont la polychromie d’origine a pour l’essentiel disparu, même problème : un volume peint tend à se dissoudre (visuellement s’entend). Parmi les solutions modernes, celles imaginées par Calder sont les plus séduisantes.

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Bien des artistes au XXe siècle ont tenté d’aller plus loin dans la projection de la peinture dans l’espace, et hors de l’espace du tableau. On pense aux constructivistes, avec leurs reliefs, plus récemment aux volumes générés à partir du plan par les peintres Gottfried Honegger ou Antoine Perrot, pour ne citer qu’eux. Mais aussi aux cinétiques, comme Jesus Rafael Soto, Carlos Cruz-Diez et bien d’autres. La couleur devait envahir l’espace, devenir l’espace, voire le structurer. Dans un registre plus baroque, on a aussi le souvenir des tableaux envahissants l’espace de Frank Stella.

De nouvelles nuances

Chez les sculpteurs, et pour éviter la dissolution précitée, il fallait travailler des matériaux déjà peints, et même teintés dans la masse si c’était possible. On pouvait aussi utiliser des techniques éprouvées, comme la céramique, où d’habiles artisans savent, sans trop se tromper, ce que donnera après cuisson un oxyde posé en glaçure sur la surface de la terre… si elle n’a pas éclaté dans le four. Ici, c’est Miro, là c’était Chamberlain et ses éléments de carrosserie ou César et ses automobiles compressées.

C’est dans l’atelier que ce dernier animait à l’Ecole des beaux-arts de Paris que Juliette Jouannais, née en 1958, a fait ses classes. L’exposition que lui consacre la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, conjointement avec le photographe Jean-Luc Tartarin, montre une œuvre singulière, dans un accrochage peut-être un peu trop dense pour que soit immédiatement perçu ce qu’elle apporte de nouveau. On se laisse – ou pas – d’abord immerger dans un monde de couleurs découpées en se disant, « bien, Matisse », ou « d’accord, Stella ». C’est oublier qu’ils sont essentiellement peintres, et elle sculptrice. A la troisième dimension, qui est dans sa culture, elle donne la couleur, et non l’inverse.

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