Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, un huis clos intrigant

Tommy Milliot met en scène « Massacre », de l’auteure catalane Lluïsa Cunillé.

Par Publié le 13 février 2020 à 08h00

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Sylvia Bergé, Clotilde de Bayser et Nâzim Boudjenah, dans « Massacre », de Lluïsa Cunillé, mis en scène par Tommy Milliot.
Sylvia Bergé, Clotilde de Bayser et Nâzim Boudjenah, dans « Massacre », de Lluïsa Cunillé, mis en scène par Tommy Milliot. VINCENT PONTET, COLL. COMÉDIE-FRANÇAISE

Un hôtel en montagne, assez loin du village pour qu’il faille prendre une voiture si on veut aller acheter le journal. Une fin de saison avec un temps maussade. Un salon où deux femmes se retrouvent. L’une est la propriétaire, l’autre la seule cliente. La propriétaire aimerait fermer son hôtel, mais la cliente n’a pas envie de partir. Elle est là depuis une semaine, et entend rester une semaine encore, parce que, dit-elle, « je me sens bien ici ». Elle aime, le soir, boire un café et fumer une cigarette. C’est alors que la propriétaire la retrouve, et c’est tout l’enjeu de Massacre, une pièce qui permet de découvrir une auteure catalane intrigante, Lluïsa Cunillé.

Les deux femmes n’ont pas de nom. Elles sont là, tout simplement, dans l’isolement de la montagne et le silence de l’hôtel, que l’on sent et entend, à la façon dont elles parlent. On ne sait pas grand-chose de leur histoire, sinon que la propriétaire a toujours travaillé dans cet hôtel qui appartenait à ses parents, et qu’elle aimerait vendre, parce que les touristes viennent moins depuis l’implantation d’une usine à papier et d’un asile. La cliente apprécie cette solitude, ou du moins en a-t-elle besoin : enseignante à l’université, elle est arrivée dans une grosse voiture qui appartient à son ex-mari, à qui elle censée la rendre.

Impassibilité apparente

Massacre couvre une semaine, du lundi au samedi. Avec chaque soir le même rituel : un échange de phrases courtes ; une politesse de bon aloi de part et d’autre ; la relation des menus faits de la journée. Les femmes s’observent, toutes les deux sont à un tournant dans leur vie mais aucune ne se laisse aller aux confidences. Lluïsa Cunillé creuse cette impassibilité apparente qui peu à peu se transforme en menace, et vole en éclats avec l’arrivée d’un homme, un soir… Nul besoin d’en savoir plus : le texte réserve sa part d’ambivalence, à l’image du double sens du mot « massacre », qui désigne aussi un trophée de chasse.

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Du début à la fin, on est pris par l’indéniable force d’attraction de l’écriture de Lluïsa Cunillé, dont une autre pièce, Islande, est au programme de l’agrégation d’espagnol de cette année. Née en 1961, cette auteure d’une œuvre imposante (quarante-cinq pièces) a le sens du minimalisme, et la chance d’être mise en scène par le jeune Tommy Milliot, qui ne joue pas au plus malin : il inscrit Massacre dans un décor assez neutre pour ne pas détourner l’attention, et il dirige les comédiens avec doigté. Clotilde de Bayser, en cliente, prouve une nouvelle fois sa capacité exemplaire à endosser les rôles les plus divers, avec un talent sûr, virtuose sans esbroufe. Sylvia Bergé lui répond à sa manière, plus tranchée, mais efficace. Face à elle, Nâzim Boudjenah n’a pas la tâche facile : il faut dire qu’il joue l’intrus dans ce huis clos très recommandable, dominé par les femmes.

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