« On hésite souvent à tourner dans des pays dont les politiques sont aux antipodes de nos valeurs » : Acid Arab fait voyager son électro

Le groupe français, qui multiplie les concerts à l’étranger, séduit avec sa techno riche de sonorités orientales.

Par Publié le 10 février 2020 à 02h23 - Mis à jour le 10 février 2020 à 07h39

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Kenzi Bourras, Hervé Carvalho et Guido Cesarsky, du groupe français Acid Arab, au club Babylon, à Istanbul, le 20 décembre 2019.

L’officier de l’aéroport d’Istanbul ne sait pas où donner du tampon : le passeport de Guido Cesarsky est plein à ras bord. Une place est finalement trouvée au coin d’une page écornée, le musicien peut franchir la frontière. La pièce d’identité raconte, en creux, l’incroyable succès international dont jouit Acid Arab. Depuis 2016, aucun groupe français ne s’est davantage produit à l’étranger. Jordanie, Corée du Sud, Brésil, Chine, Mexique… La liste de ses concerts – près de 300 en trois ans – flanque le tournis. « L’Espagne est peut-être le pays où nous avons le plus joué, réfléchit Guido Cesarsky. Avec la Turquie. »

Le 20 décembre 2019, Acid Arab retrouvait pour la dixième fois ses fans stambouliotes. « On a commencé dans un club lesbien, le Minimüzikhol », se souvient le DJ moustachu, avec une once de nostalgie. Ce soir, retour au Babylon, une salle prestigieuse qui a accueilli Patti Smith ou Jane Birkin. Le concert affiche complet, comme lors des cinq précédentes prestations. Une nappe de synthétiseur, le trot d’une boîte à rythmes, des projecteurs qui dansent la ronde façon derviche tourneur : il est 23 heures, Acid Arab entre en scène.

Parmi les 600 spectateurs, un jeune homme se déhanche avec un peu plus d’abandon : demain matin, Behsat Veyseloglu rasera ses belles mèches châtains, direction l’armée. En 2018, ce Turc d’origine serbe a réalisé une vidéo pour le titre Gul l’Abi – plus de 4 millions de visionnages selon les derniers comptages. Il n’a pas demandé l’autorisation au groupe, qui ne lui en a pas voulu ; au retour du service militaire, il se pourrait bien que Behsat tourne un nouveau clip pour Acid Arab, très officiellement cette fois.

Ça vibre, ça vit

Au bout d’une heure de concert, Cem Yildiz, du groupe Orient Expressions, rejoint le trio sur scène, le temps des tubes Stil et Ejma, extraits des deux albums d’Acid Arab, Musique de France (2016) et Jdid (2019). Le chanteur porte de jolis anneaux aux oreilles. Sur les boucles synthétiques des Frenchies, il pose sa voix grave et son saz aiguisé – sorte de luth à manche long, dont il est virtuose. Le public, majoritairement jeune et turc, reprend les paroles par cœur ; quelques femmes entonnent des youyous, un adolescent fait tournoyer son turban, ça vibre, ça vit.

Des fans du groupe français Acid Arab, au club Babylon, à Istanbul, le 20 décembre 2019.

Après la performance, une autre sommité stambouliote vient saluer les Français en coulisses : Osman Murat Ertel, le leader de Baba Zula, un groupe psychédélique prisé. Sa moustache est autrement touffue que celle de Guido Cesarsky, ses goûts tout aussi pointus. Echange de compliments polis entre les deux hommes, que vient troubler Kenzi Bourras : le claviériste d’Acid Arab déboule comme une tornade dans la loge. « Ma parole ! J’ai eu du mal à sortir des toilettes publiques, il y a encore plein de fans qui nous attendent. » Le joyeux luron a joué pour les plus grands noms du raï, dont Rachid Taha. Les disques d’Acid Arab, où les musiciens algériens sont à la fête, doivent beaucoup à son carnet d’adresses. « Kenzi, on t’avait demandé de respecter le dress code : sombre et sobre ! », charrie Hervé Carvalho, l’autre DJ du groupe. Lunettes dorées, casquette orange, baskets pailletées, Kenzi Bourras a pourtant fait des efforts de discrétion : « J’ai mis un tee-shirt de marque allemande ! »

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