Triomphe pour Riccardo Muti à la Philharmonie de Paris

Le grand chef italien et son Orchestre de Chicago s’y produisaient vendredi 17 janvier, avec au programme Le Vaisseau fantôme (Ouverture) de Richard Wagner et « Mathis le peintre » de Paul Hindlemith.

Par Publié le 18 janvier 2020 à 12h06

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Riccardo Muti, directeur musical du hicago Symphony Orchestra.

On a beau s’y attendre, chaque concert du Chicago Symphony Orchestra (CSO), l’une des phalanges mondiales les plus capées – la meilleure selon le classement du très respecté magazine Grammophon –, fait l’effet d’un électrochoc. Les premières mesures de l’ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner ont claqué, éclaboussant d’écume jusqu’au plafond de la Philharmonie de Paris dont l’acoustique a résisté vaillamment à la submersion des cuivres.

A la proue de ce navire de guerre, Riccardo Muti, silhouette de jeune homme au mitan de ses 79 ans (il est né à Naples le 28 juillet 1941), port droit et gestuel mesurée, qui commande aux éléments. Le CSO est d’un tonnage impressionnant, c’est aussi un orchestre d’une homogénéité et d’une virtuosité confondantes, puissant et raffiné, auquel on a parfois reproché la tentation du beau son au détriment de la profondeur d’expression.

Rien de tout cela sous la direction de Muti, qui confère à Wagner des couleurs dramatiques verdiennes (le deuxième opéra du compositeur allemand est encore très imprégné d’italianité) sans se départir d’une vision métaphysique de l’œuvre.

Après ce chauffage à blanc des pulsions et des énergies, le feu sous la braise mystique avec la symphonie de Paul Hindemith, Mathis der Maler (Mathis le peintre), concomitante de l’opéra éponyme que le compositeur, interdit par le Troisième Reich en 1936, créera à Zurich deux ans plus tard. Tiré du fameux retable d’Issenheim peint par Matthias Grünewald, les trois mouvements convoquent tour à tour un Concert des anges, une Mise au tombeau et une Tentation de Saint-Antoine – un long cheminement du ciel vers l’enfer, avant la salvation finale.

Un orchestre d’une homogénéité et d’une virtuosité confondantes, puissant et raffiné

L’Eingelkonzert de Muti cultive des sonorités habitées d’ombres à la bougie et d’esprits fantômes, mais aussi d’effluves de bois et de champs, de danses sur la mousse. Les violons « sifflotent » avec une incroyable cohésion, mêmes coups d’archets, même poids de l’archet sur les cordes. Un grand choral cuivré enlumine la partition auquel répondent des bois rêveurs et nocturnes dans un espace qui semble s’élargir jusqu’à l’infini.

C’est au contraire une expressive procession qui accompagne le Grablegung, déploration à mi-voix des cordes qu’ornementent les sanglots furtifs d’un solo de flûte tandis que de rayonnants accords parfaits pavent ce chemin de douleur d’enlacements consolateurs. Très dramatique, le dernier volet consacré à Saint-Antoine, peuplé de figures diaboliques. Immense tutti de cordes, flûte flagellée de grands accords orchestraux, et cet imperceptible très long trille dans l’extrême aigu des violons, à peine un battement de papillon, dont la vibration subtile percalise le tissu orchestral. Une musique qui semble vouloir recouvrir à la fois le silence et le cri.

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