Opéra : Cecilia Bartoli, diva virtuose en « tenue de castrat »

La cantatrice italienne a fait le show à la Philharmonie de Paris dans un récital autour du répertoire de Farinelli, programme qui compose un nouveau disque chez Decca.

Par Publié le 18 décembre 2019 à 17h00

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La cantatrice italienne Cecilia Bartoli.
La cantatrice italienne Cecilia Bartoli. KRISTIAN SCHULLER

On craignait de la voir apparaître en Conchita Wurst, telle que sur la pochette de son dernier disque, Farinelli, qui vient de paraître chez Decca. Mais c’est en soldatesque vénitienne, cheveux courts, bottes de cuir et redingote noires, que Cecilia Bartoli a débarqué avec domestique, accessoires et bagages sur la scène de la Philharmonie dimanche 15 décembre. Le spectacle s’intitule Farinelli et son temps. Il enchaînera deux heures durant, sans temps mort, pièces instrumentales et airs d’opéras, tandis que la cantatrice change de perruque, de costume, de rôle et de sexe, pour terminer avec la spectaculaire « tenue de castrat » qu’elle portait déjà lors de la tournée de Sacrificium (2009), une immense robe rouge et or, ouverte sur un pantalon noir.

Lire l’enquête (2012) : Cecilia Bartoli en « Mission » baroque et marketing

Tout a été dit sur le tempérament de la diva italienne, la puissance de feu de sa virtuosité, son art unique d’habiter la musique comme si elle la créait, avec cette stupéfiante maîtrise du souffle, ce luxe inouï de grains, de densités, de couleurs et de nuances. Une « Sinfonia », extrait du Rinaldo de Haendel a précédé l’air de Porpora, Vaghi amori (« Belles amours »). Un début en forme de carte de visite, longue tenue aux limites du souffle, qu’anime une messa di voce habilement modulée avant le quasi-murmure d’une élégie funambule. L’« Entrée des songes funestes » d’Ariodante, avec machine à vent et percussions, a introduit l’un des airs les plus poignants du répertoire baroque, le fameux Sposa, non mi conosci (« Mon épouse, tu ne me reconnais pas ») de Giacomelli, plus connu dans la version reprise par Vivaldi dans son Bajazet. Grand moment d’exaltation « bartolien ».

Capricante nature

Tourments, peine cruelle et fol espoir, la chanteuse explore la rhétorique de l’amour. C’est en Cléopâtre meneuse de revue des années 1930, coupe courte, fume-cigarette et plumes d’autruche, qu’elle s’empare du Un sol tuo sospiro (« Un soupir solitaire de ta part ») de Hasse. Avant d’érotiser Haendel et son « V’adoro pupille (« Je vous adore pupilles »), préliminaire à la sauvage jouissance du Da tempeste (« Quand le bois brisé par les tempêtes »), tous deux extraits de Giulio Cesare in Egitto, dont la reprise passera à la trappe, bousculé par la trompette insolente de Thibaud Robinne dans le Concerto per tromba, de Johann Friedrich Fasch.

La Bartoli a dénoué sa chevelure pour aborder les l’impétuosités du Nobil onda de Porpora, donnant la pleine mesure de sa capricante nature. La cantatrice s’est entourée des Musiciens du Prince, l’excellent ensemble baroque qu’elle a fondé au printemps 2016 à Monaco (où elle prendra à partir de 2023 la direction de l’Opéra de Monte-Carlo). Sous la direction volubile et dévotionnelle de Gianluca Capuano, la seconde partie inclinera peu à peu vers des ardeurs moins charnelles. Un Concerto per flauto de Quantz (excellent Jean-Marc Gougeon) a préparé l’évocation du papillon amoureux grillé par la flamme (Qual farfalla, de Leonardo Leo), du cerf blessé que revivifie la forêt (Cervo in bosco, de Leonardo Vinci), et jusqu’au sublime lamento de Caldara, Quel buon pastor, tiré de l’oratorio La Morte d’Abel, dont la sombre et sévère « Sinfonia » pour cordes a des allures de musique funèbre.

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