Avec « Solastalgia », Rennes plonge dans la fin du monde

L’installation d’Antoine Viviani et Pierre-Alain Giraud imagine une Terre dont les derniers habitants seraient des hologrammes.

Par Publié le 09 novembre 2019 à 07h00 - Mis à jour le 10 novembre 2019 à 14h41

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« Solastalgia », une installation d’Antoine Viviani et de Pierre-Alain Giraud.

C’est à cela, peut-être, que ressemblera le monde une fois que l’humanité l’aura rendu inhabitable. Un paysage d’épaves et de gravats, implacablement saccagé. Sur les routes en ruine et les fermes délabrées, sur les forêts fossilisées et les dunes désolées, une même pénombre régnerait. Le vent répandrait une poudre de plastique, çà et là ; quelques blobs subsisteraient, parmi les décombres. Et puis ce serait à peu près tout. Ah, si : de temps à autre, activés par un monolithe de lumière, des fantômes prendraient la parole. Avant de disparaître, une poignée d’humains auraient tenu à enregistrer, sous forme d’hologramme, un souvenir qui leur est cher. Ils diraient la vie « d’avant » – l’élan de l’enfance, les tourments de la vieillesse, la compagnie des plantes et des animaux…

Qui donc a rêvé pareils ravages ? Antoine Viviani et Pierre-Alain Giraud, les concepteurs de l’installation immersive Solastalgia. Inaugurée le 8 novembre, dans le cadre du Festival TNB du Théâtre national de Bretagne, elle se visite jusqu’au 29 mars 2020, aux Champs libres, le musée qui domine le centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine). Contre 5 euros, vous enfilez une combinaison de cosmonaute et un casque de réalité augmentée, muni d’une torche. « Comme une burka du futur », plaisante Antoine Viviani. Après être passé par un sas de décompression, vous êtes libre d’errer au cœur de cette déroutante dystopie, pendant une trentaine de minutes, en compagnie d’une dizaine de visiteurs.

Chris Marker et Nancy Huston

« Outre 2001, l’odyssée de l’espace, nous nous sommes inspirés des œuvres de Chris Marker, et de l’un de ses livres préférés, L’Invention de Morel, de l’Argentin Adolfo Bioy Casares », admet Antoine Viviani. Solastalgia prolonge surtout In Limbo, le documentaire qu’il a réalisé en 2015 avec l’aide de l’écrivain de science-fiction Alain Damasio au scénario, et de Pierre-Alain Giraud au montage. Le film, dans lequel témoignent plusieurs pionniers californiens du Web, raconte combien le numérique se nourrit de notre désir d’éternité : laisser une trace de notre séjour ici-bas, au point d’oublier de vivre l’instant présent.

Non sans ironie, In Limbo s’est retrouvé bloqué dans les limbes de la diffusion : « Le film aurait dû sortir en salle, mais notre distributeur a fait faillite, regrette le cinéaste d’origine corse. Or son propos me semble plus actuel que jamais. Avec Pierre-Alain, nous avons profité de la proposition des Champs libres de faire une exposition autour d’In Limbo pour en imaginer une extension. » La narration du documentaire était assurée par la philosophe Nancy Huston ; c’est elle, dans Solastalgia, qui prête sa voix au monolithe lumineux. « L’installation suggère que le numérique et l’anthropocène sont les deux faces d’un même problème : il faut repenser nos manières d’habiter le monde », poursuit le trentenaire, qui a demandé à un autre philosophe, Mehdi Belhaj Kacem, de camper l’un des spectres.

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