L’opérette, de plus en plus soluble dans la pop

Porté depuis Venise par le Palazzetto Bru Zane, le genre musical trouve une nouvelle jeunesse et pourrait même (re)gagner la France

Par Publié le 27 septembre 2019 à 18h20 - Mis à jour le 27 septembre 2019 à 18h31

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Les Bouffes du Bru Zane sont en tournée en France avec « Le Docteur Miracle » de Charles Lecocq.
Les Bouffes du Bru Zane sont en tournée en France avec « Le Docteur Miracle » de Charles Lecocq. Michel Slomka

Vous avez le moral dans les chaussettes ? Mettez-les dans votre plus belle valise, direction Venise. Pas si triste, Venise : n’en déplaise au grand Charles Aznavour, tout n’est pas lugubre sur la lagune. Pour vous en convaincre, zonez dans les environs du Palazzetto Bru Zane, à quelques canaux du Rialto. Vous verrez des minois réjouis y entrer, en sortir. Ce palais édifié au XVIIe siècle a été restauré par la Fondation Bru en 2009, pour y établir un centre consacré à la musique française du « grand » XIXe siècle (1780-1920). En matière d’entrain, les Bru savent y faire. En moins d’un siècle, cette lignée de médecins occitans a fait du laboratoire familial le leader mondial de la technique de l’effervescence, appliquée à une copieuse pharmacopée : Normogastryl, Efferalgan, vitamine C…

Bouillonnantes, les solutions que leur fondation administre à la redécouverte du romantisme musical français le sont tout autant : disques, tournées, livres, colloques, festivals, expositions… Ça pétille tous azimuts. Le 21 février, au Palazzetto, on pouvait ainsi écouter une conférence sur « l’opérette parisienne aux origines de la pop métropolitaine ». La musicologue Elena Oliva analysait combien le genre inventé par Hervé et propagé par Offenbach, au mitan du XIXe siècle, résonne avec la célèbre définition du mot « pop », proposée par le plasticien Richard Hamilton en 1957 : « Populaire, éphémère, jetable, bon marché, produit en masse, jeune, spirituel, sexy, plein d’astuces, enchanteur et qui rapporte gros. »

Les prémices de la musique populaire moderne

A l’appui de sa démonstration, l’universitaire florentine diffusait l’un des tubes d’Offenbach, le fameux « piff, paff, pouff » du général Boum, extrait de l’opéra-bouffe La Grande-duchesse de Gérolstein (1867). Sous la pompe du palais vénitien, le public pouffait gaiement. Avec son « chant syllabique » raffolant d’onomatopées et de calembours, son goût pour « la satire, la parodie, l’actualité, la quotidienneté », son ancrage urbain, son recours à la publicité, l’opérette est, assurait la chercheuse, au principe des « phénomènes de masse » du XXe siècle.

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Elena Oliva n’est pas isolée. Walter Benjamin, l’un des premiers intellectuels à avoir pensé la pop, voyait dans l’opérette « l’utopie ironique d’une domination permanente » de Paris ; les musicologues anglo-saxons Laurence Senelick et Derek B. Scott y décèlent les prémices de la musique populaire moderne ; l’historien Jean-Claude Yon rapproche les revenus qu’elle brassait des budgets du cinéma hollywoodien.

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