Baltes populaires du temps des Soviets

DJ et mélomanes se passionnent pour la musique disco produite en Lituanie, Lettonie et Estonie à l’ère de l’URSS.

Par Publié le 14 avril 2018 à 10h36 - Mis à jour le 17 avril 2018 à 12h01

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Discothèque implantée dans un ancien centre culturel soviétique, dans le village lituanien de Švenčionys ; au fond, on distingue une effigie de Lenine. Photographie prise en 2000 par le photographe américain d’origine lituanienne Andrew Miksys, extraite du livre « Disko » (Arök, 2013).

Sa fine mèche châtain en frissonne encore : pour DJ Weedska, le 16 février restera comme la soirée du siècle. La Lituanie célébrait ce jour-là le centenaire de la déclaration d’indépendance de 1918. A cette occasion, l’hurluberlu mixait au Turgus, une boîte de nuit de Vilnius, la capitale. « Paradoxalement, je n’ai passé que des disques datant de l’ère soviétique, se marre le gaillard de 37 ans, de son vrai nom Vytautas Verseckas. La période disco est la seule durant laquelle notre pays a produit des morceaux vraiment dansants. »

Au Turgus, ses tourneries furent au goût du public – de jeunes adultes, pour la plupart : « Je n’ai jamais rencontré un tel succès !, s’exclame DJ Weedska, par ailleurs spécialiste de salsa. Dans les années qui ont suivi l’indépendance de 1990, il était impossible d’apprécier la disco lituanienne à sa juste valeur : c’était d’abord vu comme le travail de gens qui avaient collaboré avec l’URSS. Avec le temps, le développement du Web et la reconnaissance de cette musique à l’étranger, notre regard a évolué. »

Les pays baltes, halte obligée pour les DJ

Le DJ ne croit pas si bien dire. Au creux du café cosy où il a donné rendez-vous, près de la gare de Vilnius, les enceintes diffusent Little Dark Age, quatrième album du groupe américain MGMT, parmi les plus estimés de la pop contemporaine. A sa sortie, en février, son chanteur, Andrew VanWyngarden, racontait au Monde comment il s’était passionné pour la disco et la new wave baltico-soviétique : « En fouillant dans les entrailles du Web, je passais de playlist en playlist, comme dans une boucle infinie. Je me suis pris de passion pour les premiers tubes de groupes lettons ou lituaniens de l’ex-URSS, au premier rang desquels Rondo. »

Ce n’est pas la première fois que la « hype » frappe les pays baltes, devenus une halte obligée pour les DJ et mélomanes à l’affût de vieilleries du meilleur aloi. En 2012, le producteur de hip-hop américain The Alchemist, qui a réalisé plusieurs morceaux de cadors du genre – Snoop Dogg, Eminem, Nas… –, publiait Russian Roulette. Un album gorgé de « soviet grooves », ainsi que les Anglo-Saxons dénomment les tubes les plus pulsatiles de l’ex-URSS : parmi les échantillons musicaux prélevés par The Alchimist, les Lettons Raimonds Pauls et In Spe figuraient en bonne place.

Les producteurs canadiens BadBadNotGood œuvrent, à l’instar de The Alchemist, derrière certains morceaux du rappeur star Kendrick Lamar. En 2017, ils sacrifiaient au rituel des LateNightTales, une collection qui invite les musiciens pop les plus en vue à compiler leurs morceaux préférés : la reprise de Feel Like Makin’ Love, de Roberta Flack, par Velly Joonas, vedette estonienne des années 1970 et 1980, sortait du lot.

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