« La Grande-Duchesse » décoiffée

Les Brigands donnent un Offenbach « rajeuni » à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris.

Par Publié le 21 décembre 2013 à 12h34 - Mis à jour le 22 décembre 2013 à 22h01

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Aussi incontournable que le champagne pour finir l’année, le spectacle traditionnellement présenté par Les Brigands à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, garantit la griserie. Les bulles du millésime 2013, un Offenbach « rajeuni » en cave du genre cabaret, sont parmi les plus fines que cette compagnie d’art lyrique ait produites depuis ses débuts, en 2001.

Pourtant, l’action se passe dans une caserne et les effluves du premier chœur (des ronfleurs très réalistes) ne sont guère subtils. Le raffinement se situe ailleurs. Dans l’adaptation pour petit effectif de La Grande-Duchesse de Gérolstein, l’opéra-bouffe composé en 1867 par Jacques Offenbach.

La trame en est simple mais use du quiproquo propre au vaudeville. Une jeune femme au pouvoir dans un pays imaginaire (la grande-duchesse de Gérolstein) profite de sa visite dans un campement de militaires pour retarder l’échéance de son mariage de circonstance avec l’héritier de la couronne hollandaise (le Prince Paul) et jeter son dévolu sur un troufion de base (Fritz) promu général sur ordre de l’amoureuse qui se plaît à bousculer l’ordre établi (par le baron Puck).

Faire la nique aux conventions, voilà bien ce qui inspire les Brigands. Leur Grande Duchesse est doublement relookée. D’abord, par un lifting musical (réaménagement de la partition pour neuf instrumentistes) qui vaut à Thibault Perrine de signer un petit bijou d’orchestration. Ensuite, par un habillage dramatique (remaniement de l’intrigue autour de neuf personnages) plutôt osé.

UNE NOTE DE POÉSIE

Philippe Béziat prend, en effet, quelques libertés avec le texte de Meilhac et Halevy (librettistes d’Offenbach). Fritz ne refuse pas les avances de la Grande-Duchesse par fidélité à la belle Wanda mais par attachement à un compagnon de chambrée qu’il embrasse à pleine bouche ! Le baron Grog (à l’origine, le précepteur du Prince Paul, vers lequel la séductrice éconduite tente de se rabattre) connaît aussi un changement de sexe et de voix : plus de baryton mais une soprano (Emmanuelle Goizé, hermaphrodite de caractère) pour pimenter certains duos à tendance libertine.

Susceptibles de choquer les puristes, ces détournements ne sont pas vains et, surtout, ils relèvent parfaitement de l’esprit « Brigand » qui revisite avec bonheur des ouvrages d’Offenbach depuis une décennie. Stéphan Druet, en 2003, n’avait-il pas transformé le rôle de l’assistant du Docteur Ox pour le confier à une femme (Emmanuelle Goizé, déjà) Mlle Ygène ? Philippe Béziat se montre aussi méticuleux et déjanté (deux qualités nullement incompatibles dans l’antre de Louis Jouvet) que son lointain prédécesseur dans le cercle des Brigands.

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