Accroche Note, ébouriffant

Interprètes perfectionnistes et fantasques, la soprano Françoise Kubler et le clarinettiste Armand Angster agitent Musica depuis ses débuts.

Par Publié le 17 septembre 2013 à 12h19 - Mis à jour le 17 septembre 2013 à 13h25

Temps de Lecture 3 min.

Tout amateur de musique contemporaine sait au moins deux choses à propos d'Accroche Note. Primo, que cet ensemble charismatique doit être vu – autant qu'entendu – dans l'accomplissement de l'acte musical. Secundo, que la soprano Françoise Kubler et le clarinettiste Armand Angster en sont les figures de proue depuis plus de trente ans.

Aussi chevelus et bouclés l'un que l'autre au début des années 1980, les deux musiciens auraient-ils imaginé le nom de leur groupe en référence à leurs accroche-cœurs personnels ? "Non", répond Armand Angster. L'idée était plutôt de "jouer avec les mots d'accroche, de croche et de note".

Trois termes, autant de sésames pour entrer dans l'univers de cette formation inclassable. L'accroche : l'ensemble a attiré l'attention, en 1983, lors de la première édition de Musica, avec un statut qu'Armand Angster qualifie d'"alibi régional" pour rappeler qu'il se produisait depuis deux ans dans les environs de Strasbourg, en trio (avec Françoise Kubler et le percussionniste Jean-Michel Collet) et que c'est à la politique du "terreau local" menée par Laurent Bayle qu'il doit sa percée.

La croche : les interprètes ont pour habitude de soigner le détail de la partition, avec un niveau d'exigence qui a toujours impressionné les compositeurs. "Ils m'ont appris une très grande partie de mon métier", confie notamment Pascal Dusapin, dont l'émergence a été intimement liée à celle d'Accroche Note et qui rattache à son travail avec cet ensemble son obsession d'une écriture où tout est précisé à l'extrême.

Le clarinettiste Armand Angster et la soprano Françoise Kubler de l'ensemble Accroche Note.

OUVERTURE D'ESPRIT

S'il loue également leur "professionnalisme", Georges Aperghis tient quant à lui à souligner "l'ouverture d'esprit" de musiciens dont il a découvert l'existence, en... lisant Le Monde. "Je suis tombé sur un article qui parlait de leur interprétation d'une de mes pièces, Les Sept Crimes de l'amour, dans un petit théâtre d'Epinal,et je me suis demandé qui ils étaient", se souvient le compositeur phare du théâtre musical en France, rapidement conquis par la performance des Strasbourgeois. Non seulement ils s'en tiraient très bien avec son œuvre, mais, en plus, ils l'investissaient avec une force de conviction inhabituelle.

On découvre ainsi la troisième clé d'Accroche Note : l'identité du musicien, sous la note. "On faisait Dusapin, Aperghis, des créations, de la musique improvisée, mais on avait besoin de pratiquer d'autres formes de musique de chambre", explique Armand Angster, avant d'évoquer les incursions régulières d'Accroche Note dans les domaines du classique et du jazz (en version étoffée, avec violoncelle, piano et d'autres instruments). "Histoire de se ressourcer après avoir joué les caméléons au service de tel ou tel contemporain", estime le clarinettiste curieux de tout.

Interlocuteur privilégié de nombreux créateurs, Armand Angster ne veut toutefois pas se poser en gardien du Temple. "L'attitude la plus dangereuse consisterait à dire qu'on sait comment interpréter une partition parce qu'on a connu le neveu du fils de Tchaïkovski ou de Tartempion", plaisante celui qui ne prétend pas détenir la vérité dans l'interprétation de Dusapin sous prétexte qu'il est le parrain de ses jumeaux...

Et pas davantage dans le cas de Christophe Bertrand, compositeur qui a pourtant tenu la partie de piano au sein d'Accroche Note. Deux œuvres de ce Strasbourgeois mort à 29 ans bornent cependant l'éventail discographique qui vient de paraître (un double CD, L'Empreinte digitale) pour célébrer trois décennies de création musicale. Neuf opus sur les quatre-vingt-un révélés par l'ensemble à Musica. Neuf enregistrements réalisés lors de la création des œuvres, et non, comme souvent, après une période de rodage.

Pour justifier ce parti, bien dans la ligne d'un ensemble qui défrise par son engagement hors normes, Armand Angster affirme que "la première exécution comporte toujours une énergie particulière". A "voir" donc, le 2 octobre, avec les nouvelles œuvres d'Alberto Posadas et de Philippe Manoury.

Voir les contributions

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.