Gang of Four, reconstitution

La formation historique de la new wave est l'un des événements des 27es Transmusicales de Rennes.

Par Stéphane Davet Publié le 07 décembre 2005 à 14h16 - Mis à jour le 18 septembre 2007 à 15h41

Temps de Lecture 4 min.

La modernité d'un groupe de rock se juge plus sur le tard que dans le vif de l'action. Aux 27es Transmusicales, qui auront lieu à Rennes du 8 au 10 décembre, une pléiade de formations, venues d'une vingtaine de pays différents, exploreront des voies musicales.

D'autres seront là pour mesurer l'impact d'une oeuvre visionnaire, longtemps après sa conception. Parmi ces influents "anciens", aujourd'hui à l'affiche du festival breton, des pointures de la pop avant-gardiste — Primal Scream, Coldcut — mais aussi des groupes fraîchement reformés comme les rappeurs des Fugees, les Irlandais des Undertones ou les Anglais postpunk de Gang of Four.

La "bande des quatre" sera sans doute la plus attendue. L'influence de ce quatuor de la new wave britannique de la fin des années 1970 et du début des années 1980 ne date pas d'hier. Des groupes aussi importants que R.E.M., les Red Hot Chili Peppers, Nirvana ou Massive Attack ont régulièrement clamé leur admiration pour ce combo formé par Jon King (chant), Andy Gill (guitare), Dave Allen (basse) et Hugo Burnham (batterie).

Mais, depuis trois ou quatre ans, Gang of Four a multiplié sa descendance. Aux Etats-Unis — The Rapture, Radio 4, LCD Sound System, Yeah Yeah Yeahs — comme en Grande-Bretagne — Franz Ferdinand, Bloc Party, The Future Heads — une nouvelle génération semble s'être identifié à la façon dont ce groupe de Leeds mariait en précurseur les tensions les plus anguleuses au groove le plus puissant.

SANS HIÉRARCHIE

"Ces nouveaux artistes, analyse Andy Gill, sont à la fois des enfants du rock et de la club culture. Ils retrouvent dans nos premiers disques quelque chose d'à la fois sensuel et cinglant, qui peut servir de modèle." Le guitariste, devenu un producteur coté, habite un duplex stylé au centre de Londres, au sous-sol duquel il a bâti un studio d'enregistrement. C'est là que, répondant à ce nouvel engouement, les quatre membres originaux du groupe ont cédé à la tentation de la reformation, vingt ans après leur séparation.

"Au départ, il s'agissait de répétitions en vue de quelques concerts, mais, en rejouant nos anciens morceaux, cela s'est si bien passé que nous avons choisi de les réenregistrer. A l'époque d'Entertainment, notre premier album, la batterie avait été produite trop faiblement. Nous voulions lui redonner l'aspect explosif des concerts." Le risque est toujours grand de flirter avec le ridicule en courant après sa jeunesse.

Surprise, dans Return the Gift,double album qui compile les nouvelles versions de ces vieux morceaux et des remix signés par des groupes en vogue (Amusement Parks on Fire, Dandy Warhols, Hot Hot Heat), l'intensité des incantations de King, de la guitare scalpel de Gill et de la rythmique reptilienne d'Allen et Burnham égale, voire dépasse, celle d'hier.

Sans doute parce que Gang of Four est resté fidèle au secret de sa formule originelle. "L'idée forte du groupe, explique le guitariste, était de ne pas établir de hiérarchie entre les instruments. Contrairement à la pop, où dominent le chant et la mélodie, nous donnions autant d'importance aux voix qu'à la guitare ou à la rythmique. Nous laissions de l'espace pour que chacun se fasse entendre. Nous avions appris ça du dub, où les producteurs jamaïcains s'amusaient à dépouiller l'instrumentation de leurs morceaux."

A COUPS DE RIFFS

Né en pleine explosion punk, Gang of Four aura retenu de l'époque la sensation du "tout est possible". Plus que l'influence de groupes fondateurs du mouvement comme les Sex Pistols et Clash, Andy Gill reconnaît celle de deux formations les ayant de peu précédés : les Anglais de Dr Feelgood et les Américains de Television. Les premiers, vêtus de costumes-cravates qu'adoptèrent ensuite Andy & Co, ont rajeuni le répertoire rhythm'n'blues à coups de riffs au cordeau, quand les seconds évoquaient le spleen new-yorkais.

Formé dans une école d'art de Leeds, le groupe côtoyait à ses débuts une scène estudiantine locale — parmi laquelle allaient se révéler des groupes comme les Mekons, Delta 5, Scritti Politti ou Soft Cell — partageant avec le quatuor un goût pour l'audace formelle et l'agitation politique. Car une des caractéristiques de ce combo ayant emprunté le surnom donné aux complices de la veuve Mao, était d'introduire dans ses chansons — Damaged Goods, It's her Factory, Capital (it Fails us Now), To Hell with Poverty — un lexique plus souvent croisé chez Marx et Guy Debord que chez Chuck Berry. Au prix d'une certaine confusion.

"Si nos textes avaient une dimension politique,corrige Andy Gill, ils n'étaient pas prosélytes. Nous ne voulions pas d'idées préfabriquées, désigner d'un côté l'ennemi, de l'autre, les opprimés. Nous essayions de décrypter l'aliénation de chacun avec lucidité." Et avec un fatalisme et une noirceur (sans oublier une touche d'humour), finalement plus proche du blues que du brûlot.

Autant que le tranchant de la musique, l'audace des textes a préservé la pertinence de ces chansons. "Dans un morceau comme Ether, nous faisions s'entrecroiser le chant d'un homme parlant de problèmes personnels et une voix chroniquant la présence militaire anglaise et les cas de torture en Irlande du Nord. Remplacez aujourd'hui Ulster par Guantanamo, vous verrez que le morceau n'a pas pris une ride."

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