« Les Yeux de la momie » : Jean-Patrick Manchette, critique ciné « de la totalité »

L’immense culture cinéphilique de Jean-Patrick Manchette s’exprimera surtout à travers ses chroniques parues dans « Charlie Hebdo », de 1979 à 1982, aujourd’hui intégralement rassemblées dans un recueil.

Par Publié le 26 juin 2020 à 20h00

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« Les Yeux de la momie », de Jean-Patrick Manchette, Wombat, « Les intempestifs », 490 p., 25 €.

Statue d’Alfred Hitchcock érigée à Dinard (Ille-et-Vilaine).

L’horizon initial de Manchette, son ambition première, s’appelle le cinéma. A partir de 23 ans, l’ex-étudiant en anglais multiplie les travaux alimentaires dans l’audiovisuel : scénarios de courts-métrages pédagogiques ou de films sexy pour Max Pécas, écriture d’une série télévisée (la saison 3 des Globe-Trotters en 1968). Par la suite, ses polars seront adaptés au cinéma par Claude Chabrol (Nada, 1974) ou Jacques ­Deray (Trois hommes à abattre, 1980). Après 1981, Manchette ne ­publiera plus aucun roman mais il continuera à collaborer avec de nombreux cinéastes, tels Philippe Labro et Gérard Pirès, signant pour eux adaptations et dialogues.

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L’immense culture cinéphilique de Manchette s’exprime surtout à travers ses chroniques parues dans Charlie Hebdo, de 1979 à 1982, aujourd’hui intégralement rassemblées en recueil (un septième de ces textes avait fait l’objet d’une ­anthologie en 1997 chez Rivages). Semaine après semaine, elles ­témoignent de la profondeur de champ (vues et perspectives) dont Manchette dote l’exercice. Le cinéma renfermant, selon lui, « les ­secrets de ce temps » (1978), l’écrivain ne conçoit, en effet, la critique des films que comme une « critique de la totalité ». Aussi les juge-t-il aussi bien sur leur message idéologique que sur leur place dans l’histoire artistique. Il analyse le choix des cadrages, les ­effets de stylisation et la qualité de la photo. Chaque fois il argumente avec finesse mais aussi sévérité.

Le naufrage du 7e art

La chronique, comme genre journalistique, est un espace de ton plus libre que la critique proprement dite. Aussi Manchette s’y raconte-t-il à ­travers le compte rendu des sorties hebdomadaires. Il livre l’état de ses ­réflexions et de ses humeurs, donne la liste des films qu’il a vus ou non, reprises ou nouveautés, à la télé­vision ou en salles.

Pour résumer, il n’aime pas ce que le cinéma est devenu. « Naguère, le cinéma était fait par les riches pour les pauvres. A présent il est toujours fait par les riches, mais comme les pauvres restent devant leur télé, le cinéma est fait pour les cadres… » S’il ne retranche rien à ses détestations, il ne mégote pas non plus ses enthousiasmes. Ainsi, des films d’Hitchock que l’on peut revoir à l’infini afin de débusquer, chaque fois, de nouveaux ­détails. « Voilà donc un mec (Alfred) qui pousse la maîtrise de l’image jusqu’à mettre du sens dans ce qui, dans l’image, a toutes les chances de demeurer inaperçu. »

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