Des enfants sauvages, l’été 1964, l’anthropocène… nos livres de la semaine

Chaque jeudi, dans « La Matinale », la rédaction du « Monde des livres » vous propose une liste de lectures parmi les dernières parutions.

Publié le 25 juin 2020 à 00h24 - Mis à jour le 25 juin 2020 à 06h10

Temps de Lecture 7 min.

Article réservé aux abonnés

LA LISTE DE LA MATINALE

Penchons-nous sur l’enfance cette semaine, avec l’Espagnol Andrés Barba, qui poursuit son exploration des territoires de la jeunesse dans une fable politique et morale sur une communauté d’enfants sauvages, ou avec Pierre Filoche, qui raconte le retour d’un narrateur dans le village de son adolescence. C’est à un autre âge de la vie que Cristina Comencini se consacre, en explorant le thème de la séparation. Dans un tout autre registre, le Dictionnaire critique de l’anthropocène offre un regard complexe, et libérateur, sur le monde qui nous entoure. Bonnes lectures !

ROMAN. « Une république lumineuse », d’Andrés Barba

Dans une ville imaginaire d’Amérique latine, un groupe d’une trentaine d’enfants, apparus du jour au lendemain, terrorisent et dépouillent les habitants. Sales, parlant une langue incompréhensible, ils provoquent la stupeur dans cette ville tranquille au sein de laquelle les nantis cohabitent d’ordinaire sans heurts avec les déshérités. Nul ne sait d’où ils viennent. Ni où ils disparaissent sitôt la nuit tombée. Le narrateur du roman, directeur des services sociaux de San Cristobal à l’époque des faits (1995), se les remémore vingt ans plus tard. Il est hanté par le drame auquel la présence des enfants a conduit : les « Trente-Deux » ont tous péri, nous annonce-t-il d’emblée, dans des circonstances que le récit va tenter d’élucider, avec un art du suspense et des rebondissements parfaitement maîtrisés.

Andrés Barba, mi-ethnologue, mi-entomologiste, décrit le fonctionnement d’une communauté juvénile régie par la seule volonté de vivre ensemble. Il donne ainsi l’image époustouflante, à la fois familière et totalement étrangère, d’une société mue par sa propre logique et ses instincts. Dans ce portrait d’un âge charnière, rappelant parfois la cruauté de Sa Majesté des mouches (1954), de William Golding, le romancier excelle à dépeindre le flou des frontières entre le jeu et la volonté de nuire, l’innocence et la perversité. Mais cette fable politique et morale interroge surtout l’origine de la violence, dans une société où deux communautés, celle des adultes et celle des enfants sauvages, coexistent sans langage commun. Une merveilleuse expédition en terra incognita. Ariane Singer

« Une république lumineuse » (Republica luminosa), d’Andrés Barba, traduit de l’espagnol par François Gaudry, Christian Bourgois, 192 p., 18 €, numérique 11 €.

GÉOGRAPHIE. « Dictionnaire critique de l’anthropocène », du collectif Cynorhodon

Il vous reste 73.46% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.