Thomas Mann, Walter Benjamin, Natalia Ginzburg : la chronique « poches » de Mathias Enard

Le journal de bord des lectures en poche de Mathias Enard.

Publié le 15 février 2020 à 12h00 Temps de Lecture 3 min.

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« La Montagne magique » (Der Zauberberg), de Thomas Mann, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Le Livre de poche, 1 176 p., 11,90 €.

« Récits d’Ibiza », de Walter Benjamin, traduit de l’allemand et présenté par Pierre Bayart, Riveneuve, « Pépites », 164 p., 9,50 €.

« Les Voix du soir » (Le voci della sera), de Natalia Ginzburg, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Liana Levi « Piccolo », 160 p., 9 €.

J’ai mis près de deux mois à le relire, presque sans m’interrompre, comme si j’étais moi-même sur un balcon suisse dans les Grisons, sentant monter, en contrebas, le parfum d’enfance oubliée des feuillus comme qui contemple, telle l’intransigeance de Zeus au sommet des montagnes, l’imperfection de la plaine et du monde. Le nom de Davos est aujourd’hui associé au Forum économique mondial, et non plus au sanatorium que Thomas Mann (1875-1955) décrit dans La Montagne magique (1924), mais le côté « miroir de la décadence » s’y déploie toujours, et on peut lire les intitulés des séances plénières du forum comme s’ils étaient des versions contemporaines des conversations du chef-d’œuvre de Mann – en moins bien, bien sûr, en moins inspiré, car la déréliction du XXIe siècle est à mon sens bien plus ennuyeuse que cette conclusion du XIXe qui se joue dans La Montagne magique et les sept années très symboliques que passe Hans Castorp dans le sanatorium suisse qui s’achèvent (quelle fin !) sur les champs de bataille de la première guerre mondiale.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « La Montagne magique » réenchantée

Relire un livre qu’on a tant aimé dans une nouvelle traduction, c’est entendre une sonate de Mozart qu’on connaît par cœur jouée à un autre tempo, ou revoir trente ans après un ami d’enfance dont votre mémoire avait conservé l’image adolescente : la différence en souligne l’identité. Autre nouvelle traduction d’un vieil ami, ce sont ces Récits d’Ibiza, de Walter Benjamin (1892-1940), qui inaugurent la nouvelle collection « Pépites » des éditions Riveneuve – le penseur berlinois a été heureux et amoureux à Ibiza, entre la mer et la montagne, au cours des deux séjours qu’il effectua dans l’île baléare, en 1932 et 1933. Malheureusement, des récits, des lettres et des traces d’Ibiza, il n’y en a que bien peu – à peine quelques pages. Mais la puissance d’évocation de ces quelques fragments, la mélancolie amoureuse qui se dégage des poèmes et des lettres d’amour réussit à compenser leur brièveté, comme ces vers, datés du 11 avril 1933 à Sant Antoni de Portmany : « Le cœur bat de plus en plus fort, de plus en plus fort,/ La mer est de plus en plus calme, de plus en plus,/ Jusqu’au fond. »

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