Que regarder sur quelle plate-forme ? Les meilleurs films selon les critiques du « Monde »

Pour la troisième semaine de confinement, le service Culture du « Monde » a fait le tour des plates-formes proposant des films en vidéo à la demande ou sur abonnement, chacune avec sa spécificité.

Publié le 01 avril 2020 à 03h30 - Mis à jour le 09 avril 2020 à 15h32

Temps de Lecture 10 min.

LA LISTE DE LA MATINALE

PHILIPPE TURPIN / PHOTONONSTOP

Les salles de cinéma sont fermées, les sorties de films différées… le confinement peut être l’occasion, pour les cinéphiles, de fureter sur les plates-formes numériques spécialisées. Nous les avons passées à la loupe afin de vous composer pour chacune une sélection de cinq films. Comédies, documentaires, thrillers, anticipation : chacun devrait pouvoir y trouver son bonheur.

Sur UniversCiné, des pépites du cinéma mondial

Reda Kateb et Vincent Cassel dans « Hors normes » (2019), d’Olivier Nakache et Eric Toledano.
Reda Kateb et Vincent Cassel dans « Hors normes » (2019), d’Olivier Nakache et Eric Toledano. CAROLE BETHUEL/2019 QUAD - TEN CINEMA

Lancée en 2007, à l’initiative de cinquante producteurs et distributeurs indépendants français, UniversCiné a été la première plate-forme de VoD française à apparaître sur Internet. Cette pionnière réunit aujourd’hui dans son catalogue plus de 7 300 films de diverses nationalités, des plus récents (Les Misérables, de Ladj Ly ; Hors normes, d’Olivier Nakache et Eric Toledano) aux plus anciens (Sous les toits de Paris, de René Clair ; The Skin Game, d’Alfred Hitchcock, réalisés en 1930 et en 1931). Pour un abonnement mensuel à partir de 3,99 euros, chacun peut trouver de quoi parfaire sa culture cinématographique. En cette période de confinement, UniversCiné propose une sélection de plus de 200 films au prix de 0,99 euro la location à l’acte. Disponible depuis lundi 23 mars, l’offre est éclectique. En voici un aperçu.

1. A l’est de Shanghaï (1931), d’Alfred Hitchcock. Le maître du suspense disait aimer particulièrement ce film qui fut pourtant boudé par la critique autant que par le public. Il met en scène le périple d’un jeune couple, fraîchement marié et enrichi, à travers le monde.
2. Jour de colère (1943), de Carl Theodor Dreyer. L’un des plus beaux longs-métrages du cinéaste danois. Au XVIIe siècle, une jeune femme est condamnée au bûcher pour avoir aimé le fils de son mari pasteur. De ce procès en sorcellerie, Dreyer tire une œuvre admirable, sombre et picturale, poétique et hautement politique.
3. Une étoile est née (1954), de George Cukor. Pour les chansons d’Harold Arlen et Ira Gershwin, devenues des classiques, et l’éblouissant duo que forment Judy Garland et James Mason.
4. Shokuzai (2012), de Kiyoshi Kurosawa. Récit d’angoisse et de noire inquiétude. Adaptation du best-seller homonyme de Minato Kanae, Shokuzai conduit le récit criminel aux frontières du surnaturel pour découvrir ce qui est possible à la psyché humaine et offrir au cinéma un chef-d’œuvre.
5. Mon fils (2014), d’Eran Riklis. Un jeune garçon arabe élevé en Galilée dans une famille de militants pour la cause palestinienne est envoyé faire ses études dans un prestigieux lycée juif de Jérusalem. Mon fils donne à l’absurdité un caractère humain d’une émouvante justesse. Véronique Cauhapé

UniversCiné.

Sur Tënk, des documentaires pour ouvrir ses horizons

La crise sanitaire et le repli chez soi soulèvent tellement de questions que l’on peut être tenté d’aller chercher dans le documentaire matière à réflexion. Mais aussi une fenêtre ouverte sur l’imaginaire, tant certains films ici présentés sur la plate-forme Tënk brouillent les frontières entre le réel et la fiction. Dernière-née, en 2016, des plates-formes de VoD, la plate-forme coopérative Tënk vise à faire découvrir au plus grand nombre des films de création, lesquels sont visibles pour la plupart dans les festivals et restent, il faut le reconnaître, dans un entre-soi. Sept cents films proposés, le tarif est de 6 euros par mois, 60 euros par an, 2 euros pour la location d’un film.

1. Pauline s’arrache (2015), d’Emilie Brisavoine. Beaucoup de trouvailles et d’inventivité visuelles dans ce film inspiré de la vie de la réalisatrice : qu’est-ce qu’une famille normale, interroge-t-il ?
2. Homeland : Irak, année zéro (2016), d’Abbas Fahdel. Chronique intime et politique, œuvre poignante qui ne perd jamais de vue l’humour, ce film nous plonge dans le quotidien de la famille irakienne du réalisateur, avant et après l’intervention américaine en 2003.
3. Il n’y aura plus de nuit (2020), d’Eléonore Weber. La réalisatrice interroge le statut des images en « vol de nuit » d’un soldat et pilote d’hélicoptère à la douce texture métallique. 
4. Brise-lames (2019), de Jérémy Perrin et Hélène Robert. Cinq ans après le tsunami qui a frappé la côte pacifique du Japon, en 2011, les deux réalisateurs sont allés capter avec une infinie délicatesse la vie qui reprend, un entre-deux flottant entre les vivants et les morts.
5. Carolyn Carlson, solo (1984), d’André S. Labarthe Carolyn Carlson, Venise et la caméra d’André S. Labarthe (1931-2018), voilà une belle invitation au voyage et au mystère de la création. Clarisse Fabre

Tënk.

La Cinetek, le cinéma des cinéastes

« La Dolce Vita » (1960), de Federico Fellini, avec Marcello Mastroianni et Anita Ekberg.
« La Dolce Vita » (1960), de Federico Fellini, avec Marcello Mastroianni et Anita Ekberg. PROD DB © PATHE/RIAMA FILM

Bienvenue chez les cinéphiles purs et durs, qui n’ont pas pour autant renoncé au meilleur divertissement. La Cinetek – ou cinémathèque des réalisateurs – a été créée en 2015 par les cinéastes Pascale Ferran, Laurent Cantet, Cédric Klapisch et le producteur Alain Rocca, fondateur et président d’UniversCiné, première plate-forme de VoD française, qui fournit ses moyens techniques à la nouvelle venue. Le projet répond à la volonté de pallier la rareté de l’offre patrimoniale en VoD et de mettre en avant le goût des cinéastes pour leurs pères et pairs en cinéma. Chaque réalisateur coopté par l’association fondatrice est donc tenu d’apporter une liste de cinquante films de son choix. Il en résulte, à ce jour, un passionnant corpus de 1 300 films de l’histoire du cinéma, du chef-d’œuvre patenté à la rareté dégotée. Le site de la plate-forme est gratuit, on peut y naviguer aisément pour découvrir la liste des films, mais encore les bonus qui les accompagnent, ainsi que les réalisateurs qui les soutiennent et les présentent. Voici notre sélection.

1. Chercheurs d’or (1940), d’Edward Buzzell. Le Far West selon les Marx Brothers, pas leur meilleur film, mais très largement recommandable. 
2. Brigadoon (1954), de Vincente Minnelli. L’un des plus déconcertants Minnelli. Le mariage de la fantaisie et de la grâce. 
3. La Dolce Vita (1960), de Federico Fellini. Une rencontre mélancolique et vacharde entre le picaresque et la modernité. Génie absolu de Fellini.
4. Les Demoiselles de Rochefort (1967), de Jacques Demy. L’un des très rares films qu’on peut revoir un million de fois sans rien céder sur son ravissement. 
5. Victor Victoria (1981), de Blake Edwards. Dans le Paris des années 1930, une chanteuse classique en carafe (Julie Andrews) se lie avec un homosexuel qui relance sa carrière en la faisant jouer en homme dans un spectacle de travestis. Elle se fera remarquer par un viril mafieux américain se surprenant à convoiter un homme. Un scénario dément signé Blake Edwards. Jacques Mandelbaum

La Cinetek.

FilmoTV, l’œcuménisme cinématographique

« Vincent, François, Paul... et les autres » (1974), de Claude Sautet. Prod DB © Lira Films
« Vincent, François, Paul... et les autres » (1974), de Claude Sautet. Prod DB © Lira Films PROD DB © LIRA FILMS

Née il y a douze ans, avant même l’arrivée de Netflix en France, FilmoTV conjugue le cinéma au pluriel. Sept cents films au catalogue, renouvelé fréquemment, sont accessibles sur abonnement mensuel à partir de 6,99 euros (passe illimité), et plus de 3 000 en VoD ou SVoD (vidéo à la demande en illimité avec abonnement). Mais le « plus produit » de FilmoTV, ce sont ses contenus critiques qui accompagnent la mise en ligne des films. Voici notre sélection.

1. J’accuse (2019), de Roman Polanski. Film académique de Roman Polanski, dans la lignée – modeste mais de qualité – des productions de l’ORTF de la fin du siècle dernier ? Œuvre géniale injustement clouée au pilori en raison de la personnalité controversée de son auteur, accusé de viols par plusieurs femmes ? Au calme et du fond de son canapé, une idée juste peut-elle enfin se faire jour ?
2. Vincent, François, Paul… et les autres (1974), de Claude Sautet. Le réalisateur réunit la crème du cinéma français des années 1970 : Piccoli, Reggiani, Depardieu et Yves Montand. Des hommes de 50 ans qui s’interrogent sur la vie, l’amour, la mort. Ça fume, ça parle, ça picole. Une autre époque. 
3. Kirikou et la sorcière (1998), de Michel Ocelot. Les enfants qui avaient 10 ans au moment de la sortie de ce film d’animation ont maintenant passé la trentaine et se retrouvent confinés avec leur propre progéniture. Partageront-ils leurs émois avec eux ?
4. American Gigolo (1980), de Paul Schrader. Qui n’a pas vu Richard Gere assortir ses cravates à ses vestes et conduire son cabriolet Mercedes en écoutant Call Me de Blondie ne saura jamais ce qu’ont été les années 1980. Film vénéneux et classieux, policier et torride. 
5. Aguirre, la colère de Dieu (1972), de Werner Herzog. Dans les années 1970, avant que le scandale d’abus sexuels sur ses enfants ne l’emporte, Klaus Kinski fut considéré comme un acteur génial, et ce film comme le summum de cinq collaborations avec le réalisateur allemand Werner Herzog. Grandiloquence et boursoufflure ? Il n’est pas inutile de vérifier. Philippe Ridet

FilmoTV.

Mubi, une cinémathèque à portée de clic

Créée en 2007, Mubi est une petite cinémathèque portative à portée de clic. Une base de données de 150 000 films, 30 titres, dont un nouveau chaque jour, à voir en streaming chaque mois. En sus, une riche éditorialisation qui donne la possibilité de créer ses propres listes, de participer à des forums, d’écrire et de discuter des critiques, etc. Le tarif : 3,99 euros l’unité, 9,99 euros par mois, ou 95,88 euros à l’année. Voici notre sélection.

1. Guilty Bystander (1950), de Joseph Lerner. Ce film noir indépendant des fifties intégralement tourné à New-York met en scène un flic décavé et alcoolique que son ex-femme va tirer de son marasme après que leur fils a disparu. Passionnant.
2. Les Contes de la lune vague après la pluie (1953), de Kenji Mizoguchi. Un potier part à la ville vendre le produit de son artisanat. Quand une histoire de fantôme croise l’influence de Guy de Maupassant, cela donne, sous la caméra de ce génie frémissant qu’est Mizoguchi, un pur chef-d’œuvre sur la vacuité des ambitions humaines.
3. La Comtesse de Hong Kong (1967), de Charlie Chaplin. Un ambassadeur américain (Marlon Brando) à Hongkong qui s’en va rejoindre sa femme (Tippi Hedren) à Hawaï découvre dans sa cabine de bateau une « comtesse » russe de petite vertu fuyant la révolution, en route pour les Etats-Unis. Il en tombe amoureux. Le dernier des Chaplin, qui fut son premier en couleurs, ne fut pas bien accueilli du tout. Et si l’on vérifiait par soi-même ?
4. La Java des ombres (1983), de Romain Goupil. Autre singularité de Mubi, la capacité de ressortir des objets intégralement mystérieux. Il en va ainsi de ce premier long-métrage de fiction d’un ex-leader de Mai 68 récemment engagé comme soutien à Emmanuel Macron.
5. Mister Lonely (2007), d’Harmony Korine. Cet ovni raconte l’histoire d’un sosie de Mickael Jackson qui tombe amoureux à Paris du sosie de Marilyn Monroe. Hommage tordu à Brigadoon (Vincente Minelli) par un formidable cinéaste qui ressemble lui-même à une version sous acide de Tod Browning (Freaks). J. Ma.

Mubi.

Les mystères cinématographiques de The Internet Archive

Le moment est idéal, en apparence au moins, pour s’aventurer dans les recoins de The Internet Archive, édifice virtuel colossal, né de la vision de Brewster Kahle, millionnaire numérique, père d’Alexa, vendue à Amazon. Dans les couloirs infinis de The Internet Archive on trouve des petabytes de livres tombés dans le domaine public, de journaux télévisés vieux d’un demi-siècle, des logiciels périmés etc, et des films. La doctrine qui régit le site veut que ces longs-métrages (6 547) soient libres de droits, selon la conception anglo-saxonne du copyright. Tous sont disponibles gratuitement, sans spots intrusifs. La rançon de ce désintéressement se paie en pixels : les copies présentées sont loin d’être toutes de première qualité, et ne sont que rarement sous-titrées dans une autre langue que l’anglais. Mais quel plaisir que de se frayer un chemin dans cette jungle peuplée de films fantômes qui soudain reviennent à la vie. En voici une sélection.

1. La Nuit des morts-vivants, de George A. Romero (1968). George A. Romero a été le premier à pousser jusqu’au bout l’idée de la suppression du genre humain par des créatures issues de ses rangs. La violence des effets spéciaux, les correspondances savamment entretenues entre les conflits communautaires qui déchiraient les Etats-Unis et l’apocalypse bon marché mais terrifiante ici mise en scène ont rendu cette Nuit inoubliable.
2. Things to Come, de William Cameron Menzies (1936). A la veille de la seconde guerre mondiale, l’auteur de La Guerre des mondes n’inclinait pas à l’optimisme. Wells a conçu et tenté de superviser cette adaptation d’un ses romans, The Shape of Things, qui imagine une guerre de cent ans (le récit se termine en 2036) menée à coups d’armes chimiques ou biologiques et qui finit par conduire la civilisation à sa ruine. Le projet a finalement échappé au romancier, au profit du producteur Alexander Korda. Une curiosité fascinante. 
3. Sita Sings the Blues, de Nina Paley (2008). Adaptation féministe du Ramayana, texte sacré hindou, par une Américaine, ce film d’animation charme et déroute, mêlant les tribulations de la déesse Sita aux déboires conjugaux de l’auteure, sur fond de jazz vocal des années 1920.
4. The Front Page, de Lewis Milestone (1931). Cette première adaptation de la pièce de Ben Hecht et Charles McArthur est bien moins connue que ces successeurs, La Dame du vendredi, d’Howard Hawks, ou The Front Page de Billy Wilder. Lewis Milestone tire la comédie vers le noir, donnant à l’enjeu du film – une exécution capitale – une réalité saisissante.
5. La Petite Marchande d’allumettes, de Jean Renoir (1929). En une demi-heure, Jean Renoir exprime toute la cruauté et la grâce du conte d’Andersen. Une parenthèse enchantée dans l’œuvre du cinéaste dont on retrouvera des traces au fil de sa prodigieuse carrière. Thomas Sotinel

The Internet Archive.

Le Monde

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