Woody Allen : « La grande roue est une métaphore de la vie »

Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».

Propos recueillis par Publié le 30 janvier 2018 à 09h54 - Mis à jour le 30 janvier 2018 à 16h27

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Woody Allen à New York en novembre 2017.

A 82 ans, alors que Wonder Wheel sort en France, le réalisateur a déjà fini le tournage de A Rainy Day in New York, qui lui vaut une bronca outre-Atlantique. Après l’affaire Weinstein, dont son fils, Ronan Farrow, est à l’origine, Woody Allen, que celui-ci accuse depuis des années d’attouchements sur sa sœur adoptive Dylan Farrow, est de nouveau la cible de critiques violentes. Timothée Chalamet et Rebbecca Hall, deux des acteurs de A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient les revenus de ce film à des organisations anti-harcèlement. Woody Allen, que nous avons rencontré à Paris en décembre, a de nouveau réfuté, par ses avocats, ces accusations.

Lire la critique de « Wonder Wheel » : Woody Allen, l’art de l’intimité transfigurée

Le désir, la trahison, les limites, c’est la matière de vos films. A la suite de l’affaire Weinstein, on s’offense outre-Atlantique de vous voir tourner « A Rainy Day in New York », un film qui met en relation un homme âgé et une adolescente de 15 ans…

Mais il n’y a rien de la sorte dans mon prochain film. On n’y trouve aucune relation de quelque nature qu’elle soit entre un homme d’un certain âge et une jeune fille. C’est quelque chose que la presse a fabriqué de toutes pièces…

Pourtant, vous n’avez pas peur en général de vous attaquer aux tabous des relations humaines.

C’est le matériau de base de tout auteur dramatique. La grande roue du titre, Wonder Wheel, est une métaphore de la vie. Aujourd’hui, on va sur la Lune et sur Mars, on a des ordinateurs et des robots, mais nous avons les mêmes problèmes émotionnels que les Grecs il y a cinq mille ans : la passion, la jalousie, la haine, la solitude, l’amour d’un autre et la frustration, rien de tout cela n’a changé, cela tourne en rond encore et encore, et dans cinq mille ans on aura fait d’autres progrès scientifiques miraculeux, mais les gens continueront à aimer, à être jaloux et à se sentir trahis. C’est Wonder Wheel, la même grande roue qui n’amène nulle part. Le père est attaché à sa fille, la fille épouse quelqu’un contre l’avis de sa famille, la femme est en compétition avec la fille…

… Et la jeune fille a une liaison avec l’amant de sa mère. Ce qui n’est pas sans rappeler votre histoire…

Que vous soyez Shakespeare ou Eugene O’Neill, c’est la matière des tragédies. C’est pour voir cela que vous allez au cinéma ou au théâtre.

Vos films s’attachent-ils à la complexité ?

Le pire des individus a quelque chose d’intéressant en lui, et le meilleur a sa part d’ombre. Dans Wonder Wheel, Ginny fait un truc horrible, mais on comprend ses raisons, qu’elle n’est pas une personne méchante, qu’elle est juste désespérée, jalouse et seule. Autrefois, les films étaient physiques – Buster Keaton, Charlie Chaplin… Nous étions des produits de la révolution industrielle. Puis est venue la révolution freudienne, et soudainement le terrain de jeu s’est déplacé des usines et des trains vers ce qu’il y avait dans la tête des gens. Ingmar Bergman s’est mis à poser sa caméra sur un visage. Le conflit n’était plus physique mais psychologique. On pouvait voir la complexité de ce qui se passait à l’intérieur, en regardant les mains des gens, par exemple.

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