Marco Bellocchio, tout yeux, tout oreilles

Le réalisateur italien, à qui la Cinémathèque française consacre une rétrospective, évoque son rapport à la musique, de Verdi à Morricone.

Par Publié le 27 décembre 2016 à 09h45 - Mis à jour le 28 décembre 2016 à 09h13

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Lou Castel dans « Les Poings dans les poches », de Marco Bellocchio (1965).

Certains noms sonnent comme des défis. Voyez Marco Bellocchio, qu’un traducteur peu regardant franciserait en Marc Belœil : pas commode, au pays de Michel-Ange, de porter un patronyme qui en jette ainsi plein la vue. L’Italien aurait-il, en toute inconscience, embrassé la carrière de réalisateur par égard pour les promesses inscrites sur son état civil ? Soixante-dix-sept ans après son certificat de naissance, le voilà gratifié d’une rétrospective à la Cinémathèque française, jusqu’au 9 janvier 2017, en écho à la sortie de son vingt-cinquième long-métrage, Fais de beaux rêves : de quoi se mirer en paix dans la glace – pari tenu, gageure soutenue.

Le risque, avec cette réussite spectaculaire, serait qu’elle obère l’autre sens roi chez Bellocchio : l’ouïe. Fin novembre, nous avons profité de l’oreille du maître, de passage à Paris afin d’y promouvoir ses jolis songes, pour lui glisser cette hypothèse : et si son cinéma s’écoutait autant qu’il se regardait, voire davantage ? Fais de beaux rêves en offre une démonstration retentissante, avec sa musique originale signée Carlo Crivelli, qu’entrecoupent des morceaux piochés dans des répertoires hétéroclites – comptine (Colchique dans les prés), chanson populaire italienne (Raffaella Carra, Gianni Morandi), hard-rock (Deep Purple), pop (Cyndi Lauper), techno, chants de supporteurs de football…

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C’est en musique, du reste, que s’ouvre et se clôt Fais de beaux rêves : il s’agit là d’un « film à twist », au sens littéral du mot – on y danse du premier au dernier plan, comme dans un vieux rock’n’roll, cabrioles comprises. « La scène de twist inaugurale n’était pas prévue dans le scénario, elle m’est venue lors du tournage, indique le cinéaste. Elle permet de suggérer les ambitions déçues de la mère – devenir chanteuse –, d’évoquer son entente avec son fils, et d’annoncer la fête sur laquelle se termine le film. En cela, les chansons me sont très utiles : elles ne coûtent pas grand-chose, et, en quelques secondes, elles aident à situer une époque, un lieu, les rapports entre les personnages… Kubrick allait jusqu’à affirmer qu’il ne faudrait travailler qu’à partir de musiques préexistantes ! »

Charivari de notes et de mots

Tout cela est bel et bien, mais ne nous dit guère comment Bellocchio s’y prend pour trouver une harmonie au milieu d’un tel charivari de notes et de mots : « Avec l’âge, j’ai ressenti la nécessité de monter en parallèle les images et les sons, et non pas les unes puis les autres comme le veut la tradition, confesse-t-il mezza voce. Carlo Crivelli est suffisamment souple et rapide pour m’apporter, dans la salle de montage, une ébauche des thèmes que lui a inspirés le film. C’est très précieux. »

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