"Greenberg" : une comédie romantique, une vraie

Noah Baumbach quitte son New York natal pour les brouillards de Los Angeles.

Par Thomas Sotinel Publié le 27 avril 2010 à 17h20 - Mis à jour le 27 avril 2010 à 17h35

Temps de Lecture 3 min.

Roger Greenberg est dépressif, il vit d'ordinaire à New York. Il ne faut toutefois pas confondre cette brillante création comique avec un personnage de Woody Allen. Imaginé par le réalisateur et scénariste Noah Baumbach, incarné par Ben Stiller, Greenberg n'est pas du genre à exprimer sa misère à coups d'aphorismes désopilants. C'est un bloc de déprime amère qui suscite une multitude de catastrophes dès qu'il tente d'entrer en contact avec le reste de la société.

Greenberg, le film, est aussi une histoire d'amour, l'antithèse exacte de ces comédies romantiques qui ne font ni rire ni rêver : une succession de rencontres et de malentendus faite de moments empruntés à la réalité quotidienne. Cette trivialité distille pourtant une sensation qui transforme cette étude de caractère en... comédie romantique, une vraie, drôle, émouvante.

Roger Greenberg est natif de Los Angeles. Il a quitté la ville vingt ans avant le début du film, au moment où son groupe de rock aurait pu connaître le succès. Sur la Côte est, il est devenu menuisier et dépressif. A sa sortie d'hôpital psychiatrique, il vient se reposer chez son frère aîné, qui lui a confié la garde de sa grande et belle maison californienne et de son chien. L'exilé volontaire y fait la connaissance de Florence, une jeune femme de vingt ans sa cadette, qui est à la fois la gouvernante et la baby-sitter de la maisonnée.

Le portrait de Roger Greenberg suffirait à nourrir le film. Ben Stiller prête à la géométrie étrange de son visage (qui se situe en une dimension inconnue du reste du genre humain, à l'intersection de la séduction et de la monstruosité comique) une opacité vaguement inquiétante qu'on ne lui connaissait pas. Il n'y a plus trace du pitre de Zoolander, du -gentil Auguste de La Nuit au musée. Stiller ne craint toujours pas le ridicule.

Roger Greenberg consacre une bonne partie de son temps de veille à la rédaction de lettres de protestation aussi vaines que pédantes (au sujet de la taille des sièges d'avion, du service dans les chaînes de fast-food...), il ne tient jamais compte de la situation ou des sentiments de ses interlocuteurs avant de s'exprimer. Ces ridicules font rire, effectivement, mais il n'est pas besoin d'attendre la réplique "Les gens qui ont mal font mal", que prononce le héros, pour discerner la psyché médiocre et sans issue dans laquelle se débat Greenberg. L'enfer c'est lui-même.

Noah -Baumbach, collaborateur de Wes Anderson, réalisateur du remarquable Les Berkman se séparent (2005), a quitté son New York natal pour ce film, qu'il a écrit avec son épouse, l'actrice Jennifer Jason Leigh (elle tient ici le rôle d'une ex qui a su avancer dans sa vie). Los Angeles - son brouillard qui voile le soleil, ses espaces indéterminés, ses codes sociaux exotiques - est filmé avec un mélange d'étonnement et d'incompréhension qui va bien au désarroi de Greenberg.

La ville trouve son expression dans le joli personnage de Florence, qui se tient gauchement et gracieusement au seuil de l'âge adulte. Greta Gerwig est assez formidable de naturel, dans un rôle qui suppose que son personnage refuse toute forme de représentation sociale, de dissimulation. Entre Florence et Greenberg, tout commence par un moment d'intimité physique aussi embarrassant pour le spectateur que pour les personnages. Cette liaison pourrait dériver sans but, comme son héros. Noah Baumbach a eu la force d'aller à l'encontre de sa pente naturelle, et fait avancer son film dans une direction imprévue, pour ce chantre du mal-vivre, et tout à fait réjouissante.

La bande-annonce avec PREVIEW NETWORKS


Film américain de Noah Baumbach. Avec Ben Stiller, Greta Gerwig, Jennifer Jason Leigh. (1 h 47.)

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