"Les Berkman se séparent" : parfum de vérité et d'humour autour d'une famille intello et désagrégée

Le réalisateur et scénariste Noah Baumbach est en train de nous raconter son histoire.

Par Thomas Sotinel Publié le 11 juillet 2006 à 15h47 - Mis à jour le 11 juillet 2006 à 15h57

Temps de Lecture 2 min.

Dès la première séquence, un match de tennis en double, papa et l'aîné contre maman et le cadet, à Brooklyn, Les Berkman se séparent exhale un parfum de vérité. Il tient aux détails vestimentaires, aux coupes de cheveux - on est au milieu des années 1980. Et surtout à la manière dont se dessinent, en quelques balles, les lignes de force qui travaillent cette famille d'intellectuels new-yorkais. Le père, chevelu, barbu dans le vain espoir de ressembler au vieillard du plafond de la chapelle Sixtine. La mère qui contemple d'un air affligé les efforts de son époux pour maintenir sa supériorité physique sur son clan. L'aîné en adoration devant son géniteur, le petit en quête d'affection.

Le réalisateur et scénariste Noah Baumbach est en train de nous raconter son histoire. Et pourtant, Les Berkman se séparent présente un petit mystère. Le candidat le plus probable au poste d'alter ego du réalisateur est Walt (Jesse Eisenberg), un adolescent si antipathique (pédant, inculte, infidèle en amour comme en amitié) qu'on se demande un moment s'il ne faut pas parier plutôt sur le frère cadet, Frank (Owen Kline), sportif et dernier né sacrifié aux affrontements entre les ego de son aîné et de ses parents.

On se rend à l'évidence : l'acuité du regard du cinéaste n'est jamais aussi corrosive que lorsqu'il s'arrête sur sa propre adolescence. Ce qui ne veut pas dire que le reste de la famille est bien traité. Le père, romancier qui n'est plus publié depuis des années, est jaloux du succès naissant de sa femme, au point de la quitter. Mais bientôt les deux enfants s'aperçoivent que cette rupture est aussi la conséquence des liaisons que leur mère a entretenues au vu et au su de leur père.

PART D'AMBIGUÏTÉ

Il y a un peu de masochisme dans la manière dont Baumbach égrène les détails un peu sordides de la décomposition de sa famille. Les personnages sont sauvés de l'indignité par une infime dose de compassion et, surtout, par le travail des acteurs. Qu'on ait vu La Rose pourpre du Caire ou Dumb and Dumber, rien ne préparait à découvrir Jeff Daniels dans ce rôle de patriarche aux pieds d'argile. Epaissi, maladroit et destructeur, il est ridicule (donc hilarant) et pathétique. Face à lui, Laura Linney s'aventure avec succès sur un terrain (la cruauté involontaire, le trouble érotique) qui ne lui était guère familier. Les jeunes acteurs qui tiennent les rôles des fils portent la même part d'ambiguïté.

On ressent un peu de joie mauvaise à contempler le spectacle d'un échec, surtout lorsque l'honnêteté de l'auteur empêche de le tempérer par les fadaises qui adoucissent les feuilletons télévisés - réconciliations in extremis ou consolations opportunes - et que son sens de l'humour fait ressortir le ridicule de chaque situation. Pourtant, Les Berkman se séparent ne laisse pas d'arrière-goût déplaisant, justement parce que l'honnêteté du cinéaste et de ses comédiens force le respect.


Film américain de Noah Baumbach avec Jeff Daniels, Laura Linney, Jesse Eisenberg, Owen Kline. (1 h 20.)

Voir les contributions

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.