« C’était dur, mais j’ai beaucoup appris » : le voyage initiatique des étudiants en santé mobilisés par l’épidémie

Près de 160 000 étudiants en médecine ou en écoles d’infirmiers sont venus en renfort dans les hôpitaux et les Ehpad. Un engagement éprouvant mais qui, pour beaucoup, les a confortés dans leur vocation de futurs soignants.

Par Publié le 14 mai 2020 à 07h30 - Mis à jour le 15 mai 2020 à 06h18

Temps de Lecture 8 min.

Article réservé aux abonnés

Blandine Jousset, étudiante externe en médecine, en renfort dans un Ehpad en région parisienne.
Blandine Jousset, étudiante externe en médecine, en renfort dans un Ehpad en région parisienne. JULIEN DANIEL / MYOP POUR « LE MONDE »

La vague, Marc Astrié, 24 ans, l’a vue se former « progressivement », d’abord au loin, comme la menace d’un tsunami, avant de la prendre de plein fouet. Fin février, le jeune interne est en stage au service de réanimation du CHU de Strasbourg quand l’épidémie de Covid-19 commence à flamber en France. Il ne le sait alors pas encore, mais son service sera l’un des premiers touchés dans l’Hexagone par cette pandémie sans précédent, à laquelle sa région, le Grand-Est, paiera un lourd tribut.

Les cas arrivent d’abord au « compte-gouttes » et, avec eux, la mise en place de nombreuses protections pour éviter toute contamination : surblouse, masque, gants, lunettes… « Cela a engendré, dès le début, de la fatigue et de la pression, car l’habillage et le déshabillage doivent être très précis et répétés à chaque visite de patient », témoigne Marc Astrié. Les premiers jours, internes et externes en médecine sont préservés, explique-t-il. Ce sont principalement les seniors qui, dans son service, ont pris en charge les malades du coronavirus, notamment lors des intubations.

« Mes premières gardes ont été très impressionnantes : je n’avais jamais vu de personnes intubées ni avec une saturation aussi basse. »

« Mais, très vite, cela a été l’explosion, se souvient l’interne strasbourgeois. Les chefs ne pouvaient plus se permettre de se passer de nous. Tout s’est accéléré : les gardes ont été doublées, la charge de travail renforcée. » Alors que même les plus chevronnés des soignants redoutent ce saut dans l’inconnu, face à une maladie dont on ne connaît encore rien, Marc Astrié monte soudain en première ligne, comme des milliers d’autres étudiants en santé dans toute la France.

Premières gardes impressionnantes

Des soins médicaux ou infirmiers à la régulation du SAMU, jusqu’au brancardage et au nettoyage… Près de 100 000 futurs médecins viennent en renfort face à l’épidémie, selon la Conférence des doyens de médecine, auxquels s’ajoutent quelque 60 000 étudiants infirmiers estimés par la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI). Une « mobilisation exceptionnelle et très spontanée », salue Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de Strasbourg : « Ils ont été nombreux à se porter volontaires très tôt dans les réserves sanitaires qui se sont formées. Répartis dans les services selon leur expérience, ils ont été accueillis avec soulagement par les soignants. Une vraie abnégation face à une crise d’une intensité sans précédent, pour ces jeunes qui ont été confrontés à une grande mortalité, comme ils n’en avaient jusque-là jamais fait l’expérience. »

Il vous reste 76.44% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.