« Penser une ville plus durable nécessite de casser les silos disciplinaires »

Pour Michel Lussault, géographe, la création de formations capables de penser une ville plus durable se heurte encore aux silos disciplinaires.

Propos recueillis par Publié le 03 mars 2020 à 07h00 - Mis à jour le 04 mars 2020 à 11h01

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Michel Lussault est géographe et fondateur de l’Ecole urbaine de l’université de Lyon. Il prône une approche « anthrope » de la ville, qui mêle humains et non-humains, comme autant d’habitants d’un seul et même écosystème.

De la géographie à la sociologie, en passant par l’architecture ou le paysage, les formations qui traitent de l’urbain accordent une place croissante à la nature. Est-ce nouveau ?

La thématique est présente depuis cinquante ans dans la recherche en urbanisme et en aménagement. Dès la fin des années 1970, le biologiste Vincent Labeyrie a tenté, dans le cadre du Centre d’études supérieures d’aménagement de Tours [CESA], de penser la ville au-delà du seul cadre bâti. Des écoles du paysage comme Blois, Versailles, ou d’architecture comme Bordeaux ou Lyon sont également attentives depuis longtemps à la relation entre construit et naturel. Pour autant, aujourd’hui, cette prise en compte reste insuffisante.

Pour quelles raisons ?

Aborder la question de l’urbain « anthrope », qui mêle humains et non-humains, nécessite une démarche radicalement interdisciplinaire. Or, cette dernière est profondément étrangère à notre système universitaire français, traversé par des clivages disciplinaires profonds.

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En introduisant une nomenclature de masters très rigide, la loi Fioraso de 2013 a limité le peu d’interdisciplinarité qui existait, et freiné la créativité. Il faudrait des formations innovantes, mais les universités n’ont pas la marge de manœuvre nécessaire. Beaucoup de masters consistent, encore, en une simple juxtaposition de savoirs, au grand dam des étudiants.

Pourquoi est-ce important, selon vous, d’intégrer cette notion de ville « anthropocène » ?

Jusqu’ici, on a pensé la ville soit comme réceptacle d’une biodiversité contrôlée et amenée par l’homme, soit comme milieu agresseur. Or, si on veut faire face aux effets de l’urgence climatique, il faut inventer un urbanisme et un aménagement qui ne fassent plus de la ville un outil de mise en coupe réglée de la nature, mais un moyen de réparer la biodiversité urbaine. Penser la ville et la nature de manière systémique, en interdépendance. Aujourd’hui, cet art n’est pas enseigné, faute d’une capacité à opérer les bons diagnostics.

Quel type de formation prônez-vous ?

Nous y réfléchissons actuellement à Lyon, avec des collègues issus d’une quinzaine de disciplines. Nous visons la création d’un pôle avec des masters très interdisciplinaires. Le premier, en écologie urbaine, s’appuie sur le postulat qu’aucun écosystème n’échappe à l’urbanisation. Les autres devraient porter sur la santé globale des écosystèmes, l’agroécologie et les bioressources. Ce chantier nécessite de trouver des chercheurs capables de traverser la frontière qui sépare les sciences et les sciences sociales, et ce n’est pas facile. Il implique aussi que les universités acceptent d’expérimenter de nouvelles maquettes de formation.

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