L’assemblée générale de la discorde

L’assemblée générale de la Ligue de Football Professionnel (LFP) du mercredi 20 mai 2020 s’annonce houleuse. En plus de devoir régler la question du partage des droits de diffusion audiovisuels, l’AG de la Ligue va devoir se prononcer sur l’éventuel passage à 22 clubs de la Ligue 2 en 2020/2021. A la veille de cette réunion décisive pour le football professionnel, les intérêts des différents protagonistes n’ont jamais semblé aussi divergents. Passons en revue la longue liste des sujets qui fâchent.

La répartition des 400 millions d’euros de droits TV supplémentaires

Le nouveau contrat des droits de diffusion domestique doit se concrétiser par une augmentation de plus de 400 millions d’euros pour la Ligue 1 (de 726,5 à 1 153 millions d’euros). Après de longues tergiversations, le principe d’une répartition parfaitement égalitaire, soient 20 millions pour chacune des 20 équipes de L1, semble devoir être validé. Cette répartition égalitaire aurait été obtenue en contrepartie de la limitation à 9 équipes du bénéfice des droits TV internationaux (de l’ordre de 60 millions d’euros annuels actuellement). Les clubs ayant vocation à recevoir une part des droits internationaux sont les 9 équipes « à vocation européenne », qui comptent sur une forte progression de ces droits dans les prochaines années. Si cette progression de recettes est effective, il se pourrait que la constitution d’un pool de 9 bénéficiaire exclusifs fasse grincer bien des dents dans les prochains mois…

Le déplafonnement des droits TV versés à la Ligue 2

C’est le sujet le plus conflictuel entre les clubs de Ligue 1 et ceux de Ligue 2. Les clubs de Ligue 2 demandent que la mise en œuvre du nouveau contrat de droits de diffusion s’accompagne d’une augmentation du montant qui leur est alloué. Ce montant est plafonné à 110 millions d’euros depuis 2016. Le maintien de ce plafond verrait la contribution descendre sous le seuil des 10 %. Le clermontois Claude Michy, président de l’Union des Clubs de Football Professionnel (UCPF) milite pour que cette contribution (qu’il évalue à 13,2 % de l’ensemble des droits, actuellement) ne descende pas en dessous de 12,4 %. Il espère ainsi que le montant alloué à la Ligue 2 sera de 162 millions d’euros. Dans un contexte de fortes difficultés financières, les clubs de Ligue 1 semblent ne rien vouloir lâcher.

La répartition des 224,5 millions d’euros du PGE

Le Prêt Garanti par l’État de 224,5 millions d’euros contracté le 4 mai 2020 doit permettre de couvrir le manque à gagner de 244 millions d’euros de droits TV non perçus en raison de l’achèvement prématuré des championnats. Sa répartition devait se faire selon la clé des droits TV 2019-2020. Ce principe pourrait être remis en question, ce qui suscite l’inquiétude de Claude Michy. Les plus gros clubs de L1 sont ceux que la crise du Covid a le plus impacté et dont la trésorerie est, dès à présent, dans le rouge écarlate.

Le passage à 22 clubs en Ligue 2

Aux termes d’une convention passée entre la LFP et la Fédération Française de Football (FFF), il est possible de modifier le format des Ligues 1 et 2 en assemblée générale de la LFP. Si le format de la Ligue 1 doit être compris entre 18 et 20 clubs, celui de la Ligue 2 peut osciller entre 16 et 22 clubs. Les présidents des clubs du Mans FC et de l’US Orléans (respectivement 19ème et 20ème de Ligue 2), relégués en National à l’issue du championnat prématurément achevé, militent pour un élargissement à 22 clubs (qui leur permettrait de se maintenir en Ligue 2 tout en accueillant Pau et Dunkerque les deux promus de National). Pour appuyer cette demande, plusieurs présidents de clubs de Ligue 2 ont même réclamé qu’un barrage Ligue 2/National puisse se tenir. Ce barrage opposerait, non pas le 18ème mais le 20ème de Ligue 2 au 3ème du National. Si les clubs de Ligue 2 semblent majoritairement favorables à cet élargissement, Noël Le Graët, le Président de la FFF, y serait désormais défavorable. Or, c’est le Comité Exécutif (COMEX) de la FFF qui devra valider, en dernier ressort, cette modification de format.

La farandole des recours

En écho à la demande d’élargissement du format de la Ligue 2, de nombreuses voix se sont fait entendre pour réclamer l’élargissement de celui de la Ligue 1, au motif que les relégations d’Amiens et de Toulouse ont été décidées sans que ces deux clubs n’aient pu défendre leurs places jusqu’au bout sur le terrain. Le club picard a déposé deux recours devant le Tribunal Administratif contre cette relégation et la métropole d’Amiens un troisième.  Preuve que la sphère politique s’est emparée de l’affaire, le Conseil Départemental de la Somme a écrit à Roxana Maracineanu, la ministre des Sports, pour demander la passage à 22 clubs de la Ligue 1. De leurs côtés, les maires d’Ajaccio, Troyes et Clermont (respectivement 3ème,4ème et  5ème de Ligue 2) ont écrit au président de la FFF pour que se déroule le barrage Ligue 1/Ligue 2. A chaque étage, les menaces de recours se multiplient. Ainsi par exemple, l’US Boulogne CO envisageait un recours contre sa non promotion en Ligue 2 et milite désormais pour une Ligue 2 à 22 et la tenue d’un barrage L2/National. Le CS Sedan Ardennes, 2ème de son groupe de National 2 prévoyait (en avril) de former un recours contre la promotion du SC Bastia… Mais le plus emblématique de ces recours est celui formé par Jean-Michel Aulas contre la décision de stopper définitivement le championnat de Ligue 1 (en réalité, deux recours ont été déposés). Le président de l’Olympique Lyonnais conteste le fait que la décision du gouvernement se soit légitimement basée sur une date butoir prétendument fixée par l’UEFA le 3 aout. Or Aleksander Ceferin, le président de l’UEFA, a depuis infirmé qu’il s’agissait d’une date officielle (et donc opposable). Cette pierre dans les jardins d’Édouard Philippe et de Noël Le Graët (qui s’était empressé de siffler la fin du championnat tout en maintenant le principe de la tenue de la finale de la coupe de France) est aussi une mauvaise nouvelle pour les lobbyistes de l’achèvement définitif. L’épisode de l’achèvement précipité crée une fracture immense entre les clubs de Ligue 1, sans doute aussi béante que le fossé entre les clubs de Ligue 1 et ceux de Ligue 2…

2 réponses sur “L’assemblée générale de la discorde”

  1. Eh bien à part les intéressés, une brochette de notables de province comme on n’en fait plus, voilà des nouvelles qui n’intéressent pas grand’ monde.

    1. Bonjour Jivaro,
      je peux comprendre que cela ne vous intéresse pas, mais ne vous prenez pas pour le « monde », encore moins le « grand monde » car ce thème en intéresse plus d’un.

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