L’arche de la Voie lactée s’élève chaque nuit un peu plus tôt dans le ciel

Éloignez-vous des lumières artificielles pour contempler ce spectacle naturel d’une beauté saisissante.

Cette image panoramique qui montre près de la moitié de la voûte céleste tente de rendre l’aspect visuel de la Voie lactée depuis un site bien protégé de la pollution lumineuse lorsque l’on reste dans l’obscurité suffisamment longtemps pour que notre vision nocturne s’installe complétement. Extrêmement sensible aux basses luminosités, mais pas aux couleurs, notre vision nocturne nous permet de distinguer la structure intime de la Voie lactée avec les nombreuses zones sombres qui brisent l’uniformité de son cours luminescent. Technique : image réalisée sur le causse Méjan il y a une dizaine de jours dans la Réserve internationale de ciel étoilé du parc national des Cévennes ; six champs pris avec un boîtier Sony A7s et un objectif de 20 mm ont été assemblés pour couvrir le ciel du nord au sud.
© Guillaume Cannat

À la fin du printemps, la Voie lactée est visible à l’œil en milieu de nuit comme une grande arche surplombant l’horizon est. Dans les meilleurs sites, ceux qui offrent un ciel suffisamment protégé de la pollution lumineuse engendrée par un éclairage artificiel trop abondant et souvent inadapté, ce ruban céleste ouvragé qui matérialise la tranche de la galaxie à laquelle appartient le Soleil et son système planétaire apparaît plus mince vers le nord, autour de la constellation de Persée, puis il prend de l’épaisseur lorsqu’il surplombe l’est dans le Cygne, la Lyre et l’Aigle, et devient réellement splendide en retombant vers le sud pour nimber le Sagittaire, Ophiuchus et le Scorpion d’un halo de lumière extra-terrestre. Nous regardons alors vers la région centrale de notre galaxie et des myriades d’astres lointains additionnent leur éclat pour former une sorte de brouillard galactique griffé par les filament sombres des grandes nébuleuses interstellaires où naîtront les prochaines générations d’étoiles et de planètes.

Les deux contraintes pour profiter de ce magnifique paysage céleste sont de s’éloigner le plus possible des sources de pollution lumineuse par une nuit sans lune et de passer suffisamment de temps dans l’obscurité pour que notre vision nocturne s’installe. Vous savez, c’est le changement qui se produit lorsque nous passons d’un lieu éclairé à un lieu très sombre : d’abord nous ne voyons rien, puis, progressivement, les cellules qui collectent la lumière dans nos rétines changent et nous voyons de mieux en mieux. Nous sollicitons très peu notre vision nocturne au quotidien – surtout si nous habitons en ville et que la lumière artificielle ambiante est toujours forte – et si nous entrons dans une pièce sombre, nous allumons la lumière ! Mais pour l’observation du ciel, il faut laisser ce changement de mode de vision aller à son terme, ce qui prend plusieurs dizaines de minutes, pour que nos yeux acquièrent leur sensibilité maximale aux très basses luminosités. Depuis un bon site, une vision nocturne bien installée dévoile un ciel étoilé d’une richesse incomparable et une Voie lactée imposante. Le plus impressionnant, après une bonne heure dans l’obscurité, est de pouvoir commencer à distinguer sans instrument les découpes sombres de certaines des nébuleuses qui voilent le grand fleuve galactique, comme la nébuleuse obscure de la Pipe visible entre Ophiuchus et le Scorpion (en bas à droite de l’image).

Mais qu’est-ce qu’un bon site pour l’observation du ciel et où en trouver un ? L’absence de lumières artificielles gênantes est ce qui caractérise avant tout un bon site astronomique. Quelques centaines de mètres d’altitude ne peuvent pas faire de mal puisque cela permet de s’extraire de la couche de pollution atmosphérique qui encrasse souvent le ciel des plaines, mais l’essentiel est vraiment d’avoir la voûte céleste la plus sombre possible et pour cela il faut s’éloigner des centres urbains et de leur débauche d’éclairages nocturnes. Le dôme de pollution lumineuse qui surplombe une grande ville dégrade la noirceur du ciel à des dizaines de kilomètres à la ronde et si l’on veut vraiment voir des détails dans la Voie lactée il est impératif de rechercher les régions que cette épidémie lumineuse ne fait qu’effleurer. La France métropolitaine à la chance d’en abriter encore plusieurs que vous pouvez localiser en utilisant la carte de la pollution lumineuse réalisée par Frédéric Tapissier. Une petite précision pour le nord de la France où la nuit n’est jamais complète au moment du solstice d’été et où il faudra donc attendre la mi-juillet pour explorer la Voie lactée dans les meilleures conditions.

L’International Dark-Sky Association – une organisation américaine à but non lucratif dont la mission est de favoriser la préservation de l’environnement nocturne sur toute la planète – a déjà distingué trois territoires français en leur décernant le label très recherché de « Réserve internationale de ciel étoilé (RICE) » ; à ce jour, il n’y a que seize RICE dans le monde. L’observatoire du pic du Midi et la grosse moitié sud du département des Hautes-Pyrénées ont été labellisés en décembre 2013, le parc national des Cévennes est devenu la plus grande RICE d’Europe (3 560 km2) en août 2018 – relisez ce billet – et la troisième RICE française, qui s’étend du Haut-Pays Grassois aux confins de l’Ubaye, a obtenu son label en décembre 2019. D’autres dossiers de candidature sont en cours de préparation ce qui prouvent le dynamisme de la France dans la lutte pour la sauvegarde du ciel nocturne et la protection de la biodiversité qui va de pair. Ces trois réserves de ciel étoilé offrent des possibilités d’observations exceptionnelles et elles possèdent un dense maillage de gîtes plus ou moins isolés pouvant accueillir les amateurs de beaux ciels, ce sont donc des destinations idéales pour découvrir la splendeur de la Voie lactée lors de vos pérégrinations estivales.

Au-delà de la sensation de richesse visuelle exceptionnelle qu’elle procure à l’œil nu, une voûte céleste bien protégée de la pollution lumineuse favorise également la pratique de l’astrophotographie. La noirceur du ciel permet alors de réaliser des poses longues à très haute sensibilité afin de révéler ce que notre vision nocturne ne peut pas nous montrer : les couleurs de l’Univers. Le bleu des étoiles jeunes et le jaune orangé des astres plus âgés qui peuplent le cœur de notre galaxie (à droite sur cette image), le rouge et le noir des grandes nébuleuses interstellaires riches en hydrogène, rouge lorsqu’elles abritent déjà de jeunes étoiles qui les font luire, noir lorsque ces nébuleuses sont en cours d’effondrement et concoctent patiemment de futurs soleils.
© Guillaume Cannat

RICE du pic du Midi

RICE du parc national des Cévennes

RICE Alpes Azur Mercantour

Carte de la pollution lumineuse en France par Frédéric Tapissier

International Dark-Sky Association

 

Quelques rendez-vous célestes à ne pas manquer
La deuxième des quatre éclipses partielles de la Lune par la pénombre de la Terre cette année se produit le vendredi 5 juin. En France métropolitaine, la pleine lune se lève au coucher du Soleil en cours d’éclipse et il est pratiquement impossible de faire la différence entre l’atténuation de son éclat liée à la pénombre et celle liée à l’absorption atmosphérique, toujours forte au ras de l’horizon.

Un bon mois avant leur opposition, laquelle se produira le 14 juillet pour Jupiter et le 20 juillet pour Saturne, les géantes gazeuses du Système solaire font leurs premiers pas dans le ciel du soir ; vous pouvez les retrouver sous l’arche de la Voie lactée à droite de l’image qui ouvre ce billet. Le lundi 8 juin, Jupiter et Saturne apparaissent au ras de l’horizon est-sud-est à la fin du crépuscule astronomique, près de deux heures et demie après le départ du Soleil de l’autre côté du ciel. Jupiter est dans le Sagittaire et Saturne est toujours dans le Capricorne. Leur arrivée ne passe pas inaperçue car une belle Lune gibbeuse décroissante les accompagne. Trois jours après la pleine lune, notre satellite naturel est encore extrêmement lumineux et les étoiles les moins brillantes de la voûte céleste s’effacent sur son passage.

Durant la nuit du vendredi 12 au samedi 13 juin, il faut attendre près de cinq heures après le coucher du Soleil pour voir Mars briller au ras de l’horizon est-sud-est. Un quart d’heure plus tard, le dernier quartier se lève à son tour, près de 3° au sud de la planète. À l’orée de l’aube, ces astres brillent à une dizaine de degrés de hauteur dans la constellation du Verseau, très près de la frontière des Poissons.

Après sa conjonction inférieure du 3 juin, Vénus revient dans le ciel de l’aube et elle brille de plus en plus tôt au-dessus de l’horizon est-nord-est. Le vendredi 19 juin, une heure avant le lancer du vaisseau solaire, le croissant de la vieille Lune vous offre une bonne occasion de la repérer en s’affichant à moins de 2,5° d’elle. Le croissant vénusien est toujours splendide, même s’il est un peu moins fin et moins grand que celui que nous avons pu admirer à la fin du mois de mai. Des jumelles ou un appareil photo avec un zoom permettent de le distinguer sans peine.

L’observation du couple Vénus-Lune ne s’arrête pas à l’aube le vendredi 19 juin. En Europe, le spectacle continue après le lever du Soleil car le mouvement propre de la Lune vers l’est la pousse vers le point éclatant de la planète et, en cours de matinée, le croissant lunaire occulte le croissant vénusien. Des jumelles ou une petite lunette sont indispensables pour observer ce rendez-vous. L’occultation se produit peu après 9 h 30 min, heure de Paris – prenez un peu de marge car l’horaire précis varie de quelques minutes en fonction de votre position géographique, de 9 h 35 min à Bordeaux à 9 h 55 min à Nice –, et la Lune surplombe alors l’horizon est-sud-est de plus de 45°. Surtout, prenez garde de ne jamais pointer le Soleil durant toute votre observation ; au besoin, cachez-le derrière un arbre ou le bord d’un bâtiment. La fin de l’occultation se produit entre 10 h 20 min à Perpignan et 10 h 45 min à Lille ou Strasbourg.

Le dimanche 21 juin, la nouvelle lune éclipse le disque solaire. Notre satellite circule actuellement un peu trop loin de la Terre pour que son diamètre apparent soit suffisant pour occulter totalement le Soleil, c’est donc une éclipse annulaire qui est visible – avec les moyens de protection adéquats – dans un mince corridor balayant notre planète du centre de l’Afrique à l’océan Pacifique. L’éclipse annulaire commence au lever du Soleil en République démocratique du Congo et elle se poursuit au Sud-Soudan, en Éthiopie, au Yémen, en Arabie Saoudite, à Oman, au Pakistan, au nord-ouest de l’Inde, au Tibet, en Chine, à Taïwan et, enfin, dans l’océan Pacifique, où elle s’achève au coucher du Soleil. Pour l’anecdote, je signale aux observateurs expérimentés équipés d’instruments solaires sécurisés que le bord lunaire couvre une toute petite portion du limbe solaire une heure et quarante minutes après le lever du Soleil à Bonifacio et à l’extrême sud de la Corse.

Phases de la Lune en juin
La Lune est pleine le 5 dans Ophiuchus, à son dernier quartier le 13 dans le Verseau, nouvelle le 21 dans les Gémeaux et au premier quartier le 28 dans la Vierge.

Consultez également la page des phases lunaires pour l’année 2020.

Le ciel de juin
Les très longs crépuscules de juin repoussent le début des observations jusqu’à minuit. Et là où la voûte céleste n’est pas complétement noire, il est tout de même possible de repérer les belles constellations du ciel estival. Au sud, le Scorpion dresse un corps doublement arqué dont la portion supérieure abrite la superbe étoile Antarès à l’éclat rougeoyant aisément identifiable. En remontant le méridien, vous traversez l’immense figure d’Ophiuchus, le Serpentaire, avant d’atteindre Hercule. Les étoiles d’Hercule ne sont guère brillantes et je vous conseille de vous allonger ou de vous asseoir dans une chaise longue, car elles sont juste sous le zénith. Sur la droite d’Hercule, en redescendant vers Arcturus du Bouvier, remarquez le petit diadème de la Couronne boréale, dont Alphecca, l’étoile la plus brillante, est parfois appelée Gemma. Sur la gauche d’Hercule brille la superbe Véga de la Lyre, l’une des premières étoiles visibles au crépuscule de l’été à l’automne. Entre Véga et Hercule se situe l’apex, le point qui nous indique la direction vers laquelle le Soleil fonce avec l’ensemble du Système solaire à près de 20 kilomètres par seconde. Dessinez le Triangle de l’été avec Deneb du Cygne et Altaïr de l’Aigle en plus de Véga et cherchez le petit losange du Dauphin en glissant vers l’horizon est. Plus tard dans la nuit, alors que la Voie lactée domine le ciel et que Véga s’accroche au zénith, la constellation de Pégase revient – nous l’avions perdue dans les lueurs crépusculaires en février. En juin, Jupiter et Saturne font leurs premiers pas dans le ciel du soir, elles sont suivies par Mars deux heures plus tard et celle-ci brille encore superbement à l’est-sud-est à l’orée de l’aube.

Carte du ciel visible en juin 2020 vers la fin du crépuscule à la latitude de la France métropolitaine. Les cartes de ce billet peuvent être utilisées en Europe et dans le monde à l’intérieur d’une bande s’étendant de 38° à 52° de latitude nord. Si vous êtes à plus de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus haute dans votre ciel et, le soir, Antarès du Scorpion sera d’autant plus proche de l’horizon sud. Si vous êtes à moins de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus proche de l’horizon nord et Antarès sera plus éloignée de l’horizon sud. Cliquez sur la carte pour l’afficher en grand et l’imprimer pour votre usage personnel.

Cette carte montre le ciel visible en juin 2020 à l’orée de l’aube à la latitude de la France métropolitaine. Remarquez le brillant couple formé par les planètes Saturne et Jupiter au sud-sud-est de la voûte céleste ; vous pouvez les voir sur les images qui illustrent la première partie de ce billet. Attention, les cartes du ciel ne sont pas à l’envers ! Elles représentent simplement les astres qui sont situés au-dessus de nos têtes. Si vous vous allongiez avec la tête vers le nord et les pieds vers le sud, l’est serait bien à votre gauche et l’ouest à votre droite. Utilisez ces cartes en les imprimant et en les faisant tourner de telle sorte que le nom de la direction dans laquelle vous observez soit écrit à l’endroit. Les constellations et les étoiles que vous retrouverez dans la portion du ciel qui vous fait face sont toutes celles dont le nom est lisible sans trop pencher la tête. Les noms des constellations et de leurs principales étoiles sont indiqués, ainsi que le tracé des constellations les plus importantes ; ce tracé est parfois incomplet lorsque la figure est en partie cachée sous l’horizon. Le ciel est très vaste et les constellations qui semblent petites sur les cartes sont, en fait, très grandes : votre main ouverte et bras tendu cache ainsi à peine l’ensemble du Chariot de la Grande Ourse.

Sa parution a été décalée de plusieurs semaines à cause du confinement, mais vous pouvez réserver mon nouveau livre, Le Guide du Ciel 2020-2021, dans votre librairie habituelle ou sur le site de l’éditeur. Site sur lequel vous pouvez même télécharger librement les trois premiers mois de cette édition pour patienter avant d’avoir votre exemplaire.

Guillaume Cannat (pour être informé de la parution de chaque nouvel article, suivez-moi sur Twitter, sur Facebook ou sur Instagram)

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