A Faux-la-Montagne, « on ne peut pas se payer le luxe de choisir. Alors, on accueille tous les projets »

Depuis quarante ans, grâce à de nombreuses initiatives, ce village de la Creuse fait figure de contre-exemple de la désertification.

Par Publié le 17 mai 2018 à 10h15 - Mis à jour le 18 mai 2018 à 09h39

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Maire de Faux-la-Montagne, Catherine Moulin est arrivée dans le village au début des années 1980, avec cinq autres étudiants de la région parisienne. Ils ont été accueillis à bras ouverts par le maire d’alors, François Chatoux, aujourd’hui mort. Leur projet de transformer le bois des forêts de résineux du plateau donnera naissance à la scierie coopérative Ambiance bois, qui a participé à redynamiser le village.
Maire de Faux-la-Montagne, Catherine Moulin est arrivée dans le village au début des années 1980, avec cinq autres étudiants de la région parisienne. Ils ont été accueillis à bras ouverts par le maire d’alors, François Chatoux, aujourd’hui mort. Leur projet de transformer le bois des forêts de résineux du plateau donnera naissance à la scierie coopérative Ambiance bois, qui a participé à redynamiser le village. Thierry Laporte pour «Le Monde»

François Chatoux, ancien maire de Faux-la-Montagne (Creuse) et figure du plateau limousin, avait coutume de répéter, avec le bagou qu’on lui connaissait : « Ici, on ne peut pas se payer le luxe de choisir qui on accueille. Alors, on accueille tous les projets. Et même si la moitié se casse la gueule, ça veut dire que l’autre moitié marchera ! » Une formule parmi d’autres restées dans les mémoires.

« Il avait compris très tôt que sur un territoire reculé comme le nôtre, il fallait prendre les devants sinon le village mourrait, raconte Catherine Moulin, regard rieur derrière ses lunettes fines, dans la petite mairie où elle lui a succédé, il y a dix ans. Il a misé sur l’accueil de nouveaux habitants, le soutien à tous types de projets et à une vie associative riche plutôt qu’à l’entretien des trottoirs. »

Quarante ans plus tard, le village de 400 habitants perché sur les contreforts du plateau verdoyant de Millevaches continue d’en récolter les fruits. A l’heure où d’autres se vident inexorablement, lui voit arriver de nouveaux habitants ; jeunes actifs attirés par la dynamique du plateau, où fourmillent les initiatives, retraités de retour au pays. Un contre-exemple de la désertification qui frappe de nombreux territoires ruraux, à une heure dix de route de la première grande ville, Limoges.

« Quelque part, être loin de tout a été une chance, se dit souvent Mme Moulin. Car on a toujours su s’organiser pour répondre à nos besoins, en créant des services et des emplois. Si on avait attendu l’Etat pour avoir une crèche, on n’en aurait jamais eu ! » La crèche associative — qui emploie aujourd’hui six personnes —, a été créée il y a vingt-cinq ans par un petit groupe de parents, dont la mairesse faisait partie.

Arrivés de la région parisienne avec l’envie « de vivre ensemble et de travailler autrement », certains d’entre eux venaient de créer la scierie coopérative Ambiance bois, vingt-six emplois aujourd’hui, l’un des piliers de l’économie sociale et solidaire dont vit en partie le plateau. A suivi Télé Millevaches, l’une des premières télévisions locales du pays. Les jeunes néoruraux ont vite été rejoints par de nouveaux venus, créant un terreau propice aux futures initiatives… Aujourd’hui, chaque rue du village est prétexte à découvrir une association, une société coopérative, un espace de travail partagé.

De la musique traditionnelle à la fabrication de pain, du sport au théâtre, en passant par un espace de coworking, chaque coin de rue de Faux-la-Montagne est prétexte à découvrir une association. Le village en compte une trentaine pour 400 habitants. Et les semaines sans manifestation sont rares.
De la musique traditionnelle à la fabrication de pain, du sport au théâtre, en passant par un espace de coworking, chaque coin de rue de Faux-la-Montagne est prétexte à découvrir une association. Le village en compte une trentaine pour 400 habitants. Et les semaines sans manifestation sont rares. Thierry Laporte pour «Le Monde»

Mais derrière cette jolie fable, les habitants tiennent à rappeler « que rien n’a été donné ». Au fil des décennies, la commune s’est investie pour racheter l’auberge, cœur battant du village, créer une maison médicale, des logements pour accueillir les nouveaux arrivants… Plus récemment, elle a repris La Poste sous forme d’agence communale, alors que les horaires se réduisaient. Et la petite station-essence, qu’elle espère rouvrir vite. Autant de services de proximité vitaux pour le bourg. « On sait que c’est un équilibre qui peut vaciller si on reste les bras croisés », reconnaît Catherine Moulin. Alors tous se mobilisent, rarement à court d’idées : leur clip vidéo pour trouver un kinésithérapeute, ou celui pour tenter de garder leur facteur, ont fait le tour de la Creuse.

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