Le 13 novembre de la BAC 94 N : « Aucun doute, c’est un attentat. Je décide qu’on y va »

Le 13 novembre, six hommes de la BAC de nuit du Val-de-Marne ont été parmi les premiers sur les lieux des attaques. Récit d’une virée en enfer.

Par et Publié le 18 février 2016 à 19h31 - Mis à jour le 11 mars 2016 à 17h29

Temps de Lecture 8 min.

Article réservé aux abonnés

Un policier s'abrite derrière une voiture pour échapper aux tirs des terroristes entrés dans le Bataclan, le 13 novembre au soir.

Il y a Laurent, 44 ans, dont six à la brigade anticriminalité de nuit du Val-de-Marne (BAC 94 N), légère cicatrice à l’œil, souvenir d’un coup de cutter : « Vingt ans qu’on fait de la cascade, c’est la première fois que je me suis dit qu’on allait fermer le rideau. » Il y a Toni, dit « Patate », 40 ans, douze de BAC, et des poings dont on se souvient : « Ça prenait les tripes. C’est des situations de guerre auxquelles on n’est pas préparés. » Il y a Alex, 34 ans, barbe rousse, Marlboro rouges, BAC 94 N depuis quatre ans : « Je me suis mis en danger tout seul. J’ai entendu les bastos souffler dans mon dos ! » Nico, 27 ans, un air scandinave, arrivé il y a un an : « T’es dans une bulle. Tu relèves la tête qu’à la fin. » Et Philippe, 38 ans, six à la BAC 94 N, épaules larges, voix douce : « On s’occupe pas des blessés, nous, normalement. »

Des deux trios du Val-de-Marne qui se sont trouvés parmi les policiers en première ligne, vendredi 13 novembre devant le Bataclan, seul Oliv’ manque à l’appel, grippé. « On était six au même endroit, six histoires différentes. Et ça fait quatre mois qu’on a besoin d’en parler pour recoller ensemble les pièces du puzzle », résume Toni. Pour les retrouvailles, « Patate » a choisi un restaurant portugais aux plats roboratifs dans une zone industrielle de la banlieue parisienne. « C’est aussi une forme de thérapie, de vous voir », précise Alex. Et de se souvenir, de se raconter.

« Au milieu de la rue, c’est la série “The Walking Dead” »

Ce soir du 13 novembre, Laurent, Alex et Philippe patrouillent à Créteil. La BAC 94 N est compétente sur toute l’agglomération parisienne. « On est des flics de voie publique, on sait jamais sur quoi on va tomber. » A 21 h 20, les ondes de la police signalent une explosion au Stade de France. Puis une autre. Laurent est chef de bord : « Pour moi y a aucun doute : c’est un attentat. Je décide qu’on y va. » Alex est au volant : « J’allume à 180 km/h. Là, mon cerveau, c’est Laurent. » Il semble encore fixer la route et Laurent peser le poids de cette décision qui a engagé ses coéquipiers dans cette virée en enfer. « Si l’un des deux était mort ou blessé… »

A la même heure, Toni, Nico et Oliv’ viennent de s’arrêter dîner à Vincennes. « On a pris quoi ? Deux bouchées ? » Quand une fusillade est annoncée dans Paris, rue Bichat, « on s’est levé direct pour foncer à Nation. » En chemin, ils apprennent les attaques de République et Charonne ; leurs auteurs seraient en train de remonter en voiture le boulevard Voltaire, qui débouche, justement, place de la Nation. Le véhicule des policiers s’y engouffre, prêt au face-à-face.

Il vous reste 72.33% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.