Avez-vous intérêt à souscrire au nouveau plan d’épargne-retraite ?

Ce nouveau dispositif est sur les rails. Plutôt destiné à des contribuables fortement imposés, il offre plus de liberté que les produits qu’il remplace.

Par Publié le 18 février 2020 à 06h00

Temps de Lecture 5 min.

Le nouveau plan d’épargne-retraite issu de la loi Pacte est appelé à remplacer les actuels PERP (plan d’épargne-retraite populaire), ainsi que d’autres dispositifs comme le Perco (plan d’épargne-retraite collectif).
Le nouveau plan d’épargne-retraite issu de la loi Pacte est appelé à remplacer les actuels PERP (plan d’épargne-retraite populaire), ainsi que d’autres dispositifs comme le Perco (plan d’épargne-retraite collectif). Russell underwood/Uppercut / GraphicObsession

Ce n’est pas vraiment une nouvelle corde à l’arc des épargnants, puisque le nouveau plan d’épargne-retraite issu de la loi Pacte est appelé à remplacer les actuels PERP (plan d’épargne-retraite populaire), ainsi que d’autres dispositifs comme le Perco (plan d’épargne-retraite collectif) ou les régimes à cotisations définies mis en place par les entreprises pour leurs cadres – et parfois les non-cadres –, plus connus sous le nom d’« article 83 ».

Pour autant, le PER fait souffler un vent nouveau sur l’épargne-retraite, car, contrairement au PERP actuel, il ne « gèle » pas le capital à vie. En effet, il autorise l’épargnant à récupérer, lors de son départ à la retraite, son capital en une ou plusieurs fois, ou à opter pour la transformation en rente viagère. Il devrait donc connaître un plus large succès que le PERP, dont la seule issue était la rente viagère au terme pour 80 % au moins de l’épargne constituée. « Les débuts sont très prometteurs », observe Antoine Delon, président du courtier en ligne Linxea, qui dit avoir enregistré un volume record de souscriptions en décembre 2019, lors du lancement de son produit.

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Le plan d’épargne-retraite n’est pas pour autant un produit fait pour tout le monde. S’il laisse à la sortie la liberté de récupérer son épargne sous n’importe quelle forme, il continue à bloquer les sommes versées jusqu’à l’âge du départ à la retraite. A l’inverse de l’assurance-vie, ce n’est donc pas un produit liquide susceptible d’être utilisé par d’autres besoins. Les seuls cas où l’épargne pourra être retirée avant la retraite sont limités : l’achat d’une résidence principale et les accidents de la vie, tels le décès, l’invalidité, ou une fin de droit à l’allocation-chômage.

Un atout fiscal

Aux yeux de beaucoup, son principal atout est fiscal : les sommes versées dans ce cadre sont déductibles des revenus imposables, à hauteur de 10 % des revenus de l’année précédente. En contrepartie, les sommes récupérées à la sortie n’échappent pas au fisc : celles qui correspondent à des versements défiscalisés sont imposées avec les autres revenus du retraité, et les gains éventuels sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, composé de 12,8 % d’impôt et de 17,2 % de prélèvements sociaux.

« C’est un produit qui s’adresse principalement aux contribuables imposés dans une tranche marginale à 30 %, estime Marion Capèle, responsable patrimoniale chez Natixis Wealth Management. Dans ce cas, l’économie d’impôt justifie le blocage des capitaux jusqu’à la retraite. » Et pour être vraiment gagnant sur ce point, mieux vaut être lourdement imposé durant la vie active et beaucoup moins lors de la retraite : le changement de tranche marginale permet alors d’économiser beaucoup d’impôts pendant la vie active, et d’en supporter moins lors de la retraite.

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Certains assureurs mettent en avant la possibilité de ne pas déduire fiscalement les versements réalisés, en contrepartie de quoi ces sommes ne sont pas imposables lors de la sortie (à l’exception des gains financiers, toujours soumis au PFU de 30 %). Autant dire que l’option n’est guère avantageuse, puisque l’épargnant doit tout de même bloquer son épargne pour obtenir une exonération partielle d’impôt qu’il peut très bien décrocher avec l’assurance-vie, souvent dans de plus larges proportions.

Plusieurs profils de gestion

Cela dit, les personnes qui souhaitent se constituer un capital pour la retraite dans ce cadre disposent de deux options, en choisissant soit un PER assurance, soit un PER compte-titres. A l’heure actuelle, à notre connaissance, seuls les PER assurance existent, car les professionnels les estiment plus intéressants. Ils permettent par exemple de bénéficier de la sécurité d’un fonds en euros et d’un léger avantage successoral en cas de décès, puisque des exonérations sont accordées aux bénéficiaires. Celles-ci sont cependant bien moins généreuses que celles de l’assurance-vie, et avec un fonctionnement différent, car c’est l’âge du décès qui conditionne le mode d’imposition.

Si le décès intervient avant 70 ans, les capitaux non utilisés sont transmis aux bénéficiaires, qui profitent chacun d’un abattement de 152 500 euros. En revanche, si le décès intervient après 70 ans – la probabilité de loin la plus forte –, seul un abattement de 30 500 euros est accordé, à partager entre tous les bénéficiaires. « De plus, ajoute Mme Capèle, cet abattement est global et doit être partagé avec les autres contrats d’assurance-vie. » Ainsi, pour les personnes qui disposent déjà de montants supérieurs aux abattements dans leur assurance-vie, il n’y a rien à gagner de plus avec le PER assurance.

« Dans la mesure où l’horizon de placement est connu à l’avance, soit l’âge de départ en retraite, le PER permettra de mener une gestion plus diversifiée et mieux adaptée »

Le PER compte-titres, comme son nom l’indique, prend la forme d’un compte financier où l’épargne est investie dans des fonds d’investissement collectifs (sicav, FCP…). Il ne propose pas de fonds en euros ni d’exonérations successorales. Cependant, ces formules pourraient s’avérer moins onéreuses que celles reposant sur l’assurance-vie, où les frais sont loin d’être indolores. Nombre des premiers PER assurance mis sur le marché facturent en effet le prix fort sur les versements, jusqu’à 5 % des sommes investies, et souvent près de 1 % par an sur les capitaux gérés, qui s’ajoutent aux frais des supports financiers retenus.

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Quelle que soit la forme du plan, les épargnants se verront systématiquement proposer une gestion pilotée, qui conduit à répartir l’épargne sur différents supports financiers, et donc sans garantie sur le capital. Les promoteurs doivent proposer au moins trois profils, plus ou moins risqués, qui devraient permettre de répondre à la plupart des besoins. Rien n’empêche cependant les investisseurs avertis de s’en affranchir et d’opter pour une gestion libre, qui leur permettra de constituer leur portefeuille à leur guise et de le faire évoluer lorsqu’ils le jugeront nécessaire. « Dans la mesure où l’horizon de placement est connu à l’avance, soit l’âge de départ à la retraite, le PER permettra de mener une gestion plus diversifiée et mieux adaptée, d’autant qu’il sera généralement alimenté par des versements réguliers qui lissent les points d’entrée sur les marchés », estime Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct.fr. Il laissera ainsi plus de place aux actions et répondra donc à l’ambition du gouvernement, qui est d’orienter plus d’épargne vers l’économie dite « productive ».

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