« Pas revoir », de Valérie Rouzeau : ferrailler dans l’or du temps

« Pas revoir » se lit d’un seul souffle toujours à bout de souffle

Par ANDRE VELTER Publié le 18 juin 1999 à 00h00 - Mis à jour le 25 mars 2020 à 10h35

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« Pas revoir », de Valérie Rouzeau, Le Dé bleu, 86 p., 75 F (11,43 €).

La poésie, quand elle tient parole, est à l’évidence un médium violent, à la fois le plus exaltant et le plus dérangeant. C’est pourquoi la poésie est absente des recueils sans risques, sans ferveur, où les poèmes ne témoignent ni d’un engagement total de l’être ni d’un chant à corps perdu. C’est pourquoi la poésie s’impose par effraction.

Une rencontre aussi soudaine, qui mêle reconnaissance brutale et fragile complicité, attend ceux qui aborderont Pas revoir, de Valérie Rouzeau. D’emblée, il y a ce ton en rupture, cette adresse bousculée, ce langage précipité. D’emblée, il y a ce murmure qui se prend de vitesse pour lutter contre un destin qui n’attendra pas : une fille dit l’amour d’un père qui se meurt, et cette douleur de femme conjugue tous les chagrins d’enfant.

« Tu n’écoutes plus rien si je parle plus bas. / Ni tu n’entends plus rien des guêpes qui s’occupent de piquer les lilas. / Ni n’en vois la couleur ni celles que j’ai sur moi. / Ces bottes sont faites pour marcher tu ne chantes plus ça. / C’est de la haute fidélité ton silence m’arrête là. »

Poème par séquences, thrène déchiré, Pas revoir se lit d’un seul souffle toujours à bout de souffle. Il n’est nullement question ici de produire l’habituel discours du deuil. Ce livre bouleverse d’autant plus fort qu’il invente la voix de ceux qui ne sont pas nés avec une cuiller d’argent dans la bouche, ou le dictionnaire. Comme son père qui récupérait cartons, casseroles, cuivre rouge, aluminium ou nickel, Valérie Rouzeau recycle par bribes des lambeaux de mélodies, des miettes de souvenirs, des bris d’émotions : elle ferraille dans l’or du temps.

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