D'Annunzio, l'histrion hyperbolique

Paolo Alatri suit pas à pas, scrupuleusement, " l'animal le plus bizarre de la littérature italienne ". Qui laisse, finalement, l'image d'un personnage complexe, génial mais ridicule, et jamais émouvant

Publié le 13 novembre 1992 à 00h00 - Mis à jour le 13 novembre 1992 à 00h00

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Gabriele D'Annunzio : comment s'en débarrasser ? Telle est la question qui, depuis trois quarts de siècle, traverse en profondeur la littérature italienne, revenant par intermittence à la surface, sans que ni ses détracteurs ni les perplexes partisans du poète puissent ou veuillent apporter une réponse de nature à entraîner une conviction durable.

Lorsque l'éminent Mario Praz, grand connaisseur du " décadentisme ", fit paraître, il y a près de trente ans, une volumineuse anthologie de l'écrivain, Giorgio Manganelli se demandait, non sans anxiété, si l'heure était vraiment venue de relire D'Annunzio. Et si l'on était en train d'assister à l'émouvante métamorphose en " classique " de " l'animal le plus bizarre de la littérature italienne ".

Avec des scrupules de lettré, Manganelli, d'une part, définissait sa poésie comme " languide et à la fois présomptueuse ", ne lui accordant que " des armatures fictives, des mythologies sardanapalesques, une éroticité digne d'un latin lover qui aurait lu les classiques ". Et, d'autre part, il observait que ce n'était pas la valeur communicative de la page qui intéressait D'Annunzio, mais, seule, la machinerie des mots. Après quoi, paradoxal, il concluait : " C'est pourquoi ses sentiments sont postiches, ses idées de quatrième ordre, ses visions un prétexte et... sa littérature excellente " (1).

Et si l'on regardait l'homme de plus près ? Gabriele D'Annunzio est né à Pescara, dans les Abruzzes, en 1863. A seize ans, alors qu'il publie son premier recueil de poèmes, il ébauche un autoportrait auquel, pour l'essentiel, il ressemblera toujours : " J'ai au fond de mon coeur un désir démesuré de savoir et de gloire (...) Je ne tolère aucun joug (...) Ardent amateur de l'art nouveau et des belles femmes (...) très singulier dans mes goûts (...) prodigue jusqu'au gaspillage, jusqu'à la folie. "

Trois ans plus tard, un nouveau livre de poèmes sous le bras, le voilà à Rome, qui, dit-on, accueille l'adolescent aux boucles blondes comme l'enfant sublime que Chateaubriand saluait en Victor Hugo. Adulé par les hommes, choyé par les femmes, qui se le disputent, il ne tarde guère à déclarer : " Je vis voluptueusement (...) affaibli par l'amour et par la vie horizontale. " Sa poésie ? Rien moins, à ses yeux, qu'une " transsubstan- tiation de sa pensée et de ses sentiments, peu différente de la transmutation du pain et du vin dans le corps sacré ".

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