« Les poings dans les poches » : le délire intellectuel et moral d’un adolescent frustré

Le film de Marco Bellocchio a été présenté dans le cadre de la semaine des Cahiers du cinéma, au cours de laquelle sept films de jeunes cinéastes étaient mis en avant. Cet article est paru dans « Le Monde » du 26 avril 1966.

Par JEAN DE BARONCELLI Publié le 26 avril 1966 à 00h00 - Mis à jour le 20 décembre 2018 à 11h08

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A propos de Masculin féminin, Jean-Luc Godard disait qu’il faudrait qu’il y ait une vingtaine de films comme le sien, consacrés à la jeunesse et tournés dans les milieux les plus divers.

C’est un peu le vœu de Godard qu’ont réalisé les Cahiers du cinéma en nous présentant au cours de leur Semaine sept films de jeunes cinéastes appartenant à six pays différents.

Expérience passionnante et dont il faut féliciter l’équipe qui l’a menée à bien. Passionnante, parce qu’elle a entrouvert les portes d’une exploitation normale à des œuvres jusqu’alors injustement condamnées à l’oubli ; parce qu’elle a révélé d’une façon partielle mais souvent significative les réactions de la génération montante face aux problèmes que lui pose son affrontement avec le monde moderne ; enfin et surtout, puisque nous parlons ici de cinéma, parce qu’elle nous a démontré que partout dans le monde il existait des réalisateurs pour qui le cinéma n’était pas un art routinier et conservateur, mais au contraire un art en pleine évolution, en pleine transformation, sensible, comme il se doit, aux recherches et aux découvertes des autres arts, et qu’aujourd’hui plus que jamais, un vrai film était celui qui nous faisait entendre une voix unique et singulière, celle de son auteur.

Il n’est pas question d’établir ici un bilan ou un palmarès de cette Semaine. C’est avant tout une mission d’information qu’a voulu remplir l’équipe des Cahiers du cinéma. Nos goûts personnels, en l’occurrence, sont de peu d’importance. A l’heure actuelle, ce « nouveau cinéma » doit être défendu en bloc. Disons seulement qu’outre les deux films dont nous allons parler plus en détail parce qu’ils ont trouvé place dans un circuit commercial, deux autres films nous ont particulièrement frappé. Le premier est Non réconciliés, de Jean-Marie Straub, qui condense, en moins d’une heure, soixante ans d’histoire allemande à travers un récit maîtrisé avec une rigueur confondante. Le second est Prima della rivoluzione, de Bernardo Bertolucci, confession très stendhalienne dans son raffinement et très moderne dans la part qu’elle fait au désarroi et à l’angoisse d’un jeune bourgeois que le marxisme attire, mais qui ne peut rompre avec son entourage.

Rappelons enfin que le Canadien Gilles Groulx (j’avais eu l’occasion d’apprécier, non sans quelques réticences, Le Chat dans le sac au Festival de Montréal), le Brésilien Léon Hirszman, réalisateur d’un film étrange et attachant : La Morte, et le Français Luc Moullet (je n’ai pas encore vu Brigitte et Brigitte) participaient également à ce festival des jeunes auteurs (1).

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