A Paris, vente controversée de statuettes nigérianes

Le Nigeria estime que les objets mis aux enchères par la société Christie’s ont été acquis illégalement pendant la guerre du Biafra.

Le Monde avec AFP Publié le 30 juin 2020 à 09h38

Temps de Lecture 2 min.

Ces statuettes igbo ont été vendues 212 500 euros à un acheteur sur Internet.

Christie’s a rejeté, lundi 29 juin, la requête d’une commission nationale nigériane demandant la suspension d’une vente de statuettes à Paris, qu’elle estime acquises illégalement pendant la guerre du Biafra (1967-1970). « Tous les objets dans cette vente répondent pleinement à tous les cadres légaux applicables », a répliqué Christie’s.

Mallam Abdu Aliyu, directeur général par intérim de la Commission nationale du Nigeria pour les musées et les monuments, a déclaré avoir écrit une lettre de protestation à Christie’s après avoir appris cette vente aux enchères, lundi à Paris. « Nous croyons que les statuettes ont été acquises illégalement pendant la guerre civile » au Biafra, a expliqué le haut responsable nigérian. Theophilus Umogbai, conservateur du National Museum de Benin City, a lui aussi protesté contre « la vente de nos œuvres volées ». « Christie’s et d’autres maisons de vente doivent rapatrier ces œuvres et nous payer des compensations », a-t-il dit.

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Au cœur du contentieux figure une paire de statuettes igbo, estimée entre 250 000 et 350 000 euros et finalement vendue 212 500 euros à un acheteur sur Internet. Selon Christie’s, ces objets « ont été exposés, ont fait l’objet de publications dans les années passées » et ont « été vendus antérieurement et publiquement en 2010 lors d’une foire internationale ». Les statuettes ont fait partie de la collection privée de l’ancien conseiller de Jacques Chirac sur les arts premiers, Jacques Kerchache, jusqu’à sa mort en 2001, mais « il n’y a jamais eu aucune suggestion qu’elles aient pu être sujettes à une importation illégale », relève Christie’s.

Débat sur les restitutions

Selon Christie’s, les ventes publiques sont un outil pour favoriser la transparence et empêcher les trafics. « Nous pensons qu’avant même le conflit [du Biafra], des agents locaux ont fait du commerce d’objets comme ceux-ci ». « Il n’y a pas de preuve » que ces statuettes igbo « aient été soustraites à leur lieu d’origine par quelqu’un qui n’était pas du lieu », a encore considéré la maison de ventes. Parmi les autres objets controversés figure une statue urhobo évaluée entre 600 000 et 900 000 euros, qui n’a pas trouvé preneur.

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Ces réclamations ravivent le débat sur les restitutions des œuvres d’art africaines se trouvant dans les collections publiques européennes (par exemple au musée du Quai-Branly) et chez des collectionneurs privés. Si, dans ce cas nigérian, il s’agit de la période post-coloniale, la plupart du temps les plaintes portent sur des œuvres parvenues en Europe pendant la colonisation. Les musées européens sont prêts à discuter de restitutions quand les œuvres ont été pillées par la force mais contestent que ce fut le cas pour la majorité d’entre elles.

Le Monde avec AFP

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