Canal+ pris dans un étau judiciaire au Burkina Faso

La filiale de Vivendi est en litige depuis 2017 avec l’homme d’affaires Eddie Komboïgo, également candidat à la présidentielle.

Par et Publié le 29 juin 2020 à 00h26 - Mis à jour le 29 juin 2020 à 06h38

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Le candidat CDP à l’élection présidentielle burkinabée, Eddie Komboïgo, à Ouagadougou, en 2015.

Depuis un an, dans le centre-ville de Ouagadougou, au Burkina Faso, les salariés de Canal+ se rendent au bureau avec une seule crainte, celle de revivre l’épisode traumatisant du 23 mai 2019. Ce jour-là, un huissier de justice débarque dans leurs locaux accompagné de gendarmes armés de kalachnikovs et de civils arborant un tee-shirt appelant à voter pour le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), dont le candidat à l’élection présidentielle de novembre est Eddie Komboïgo. Le commando se rend au cinquième étage et pille tout ce que les bureaux contiennent d’ordinateurs, de chaises et d’imprimantes.

En 2019, Canal+ a fait l’objet d’une vingtaine de saisies pour un montant de 3,7 milliards de francs CFA, soit 5,6 millions d’euros, dans ses locaux, ses entrepôts, où sont stockés ses box, et sur ses comptes bancaires. Voici trois ans que le groupe de télévision payante est en litige avec M. Komboïgo. En juin 2018, la société a été condamnée par la justice burkinabée à lui verser 3,35 milliards de francs CFA. Une somme « complètement déconnectée de la réalité pour un contrat de distribution d’un an renouvelable. C’est l’équivalent de dix ans de résultat, c’est plus que la valeur de Canal+ Burkina », s’insurge David Mignot, directeur général Afrique de Canal+.

Mais, depuis 2017, l’ex-chaîne cryptée a perdu toutes ses procédures au Burkina Faso, que ce soit devant le tribunal de commerce, le tribunal correctionnel et la cour d’appel. Elle tente désormais de faire rejuger l’affaire en cassation à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et à Paris, au tribunal de Nanterre. Elle a même ouvert une action contre l’Etat burkinabé devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) auprès de la Banque mondiale.

« Nous sommes tombés dans un piège »

Tout avait pourtant bien commencé. En 2013, Canal+, qui commercialisait ses bouquets au Burkina Faso depuis 1994, ouvre des bureaux locaux pour doper ses ventes. En 2014, elle accueille à bras ouverts la proposition d’Amidou Nikiema, un salarié qui souhaite lancer sa propre activité de distribution de bouquets. Ce dernier s’associe alors avec M. Komboïgo, qui promet d’investir 329 millions de francs CFA dans la société créée pour l’occasion, ProSat. Las, l’homme d’affaires ne tient pas sa promesse et se pense intouchable, protégé par son réseau politique. En 2016, Canal+, actant que ProSat n’a toujours pas un seul abonné, résilie son contrat, et accepte, en 2017, de dédommager la société à hauteur de 92 millions de francs CFA, soit l’équivalent des sommes déjà dépensées.

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