Le Sahel, nouveau champ de bataille de la guerre entre Al-Qaida et l’organisation Etat islamique

Alors qu’Emmanuel Macron est attendu mardi au sommet du G5 Sahel en Mauritanie, les filiales sahéliennes des deux organisations djihadistes s’affrontent avec, comme enjeu, leur prééminence locale et internationale.

Par Publié le 28 juin 2020 à 22h26 - Mis à jour le 30 juin 2020 à 08h55

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Des soldats français en opération dans le désert, dans le nord du Burkina Faso, en novembre 2019.

Le temps de la tolérance a vécu. Le Sahel est devenu, depuis le début de l’année, le théâtre d’une guerre ouverte entre les deux filiales locales du djihadisme global. Le 11 juin, c’est à Détembé, à la frontière du Niger et du Burkina Faso, que des accrochages ont éclaté, causant la mort d’au moins sept combattants de l’organisation Etat islamique au grand Sahara (EIGS) et de treize miliciens du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaida. Plus tôt, le 1er juin, des combats avaient été signalés dans les environs de Gao, au Mali, impliquant les forces d’Adnane Abou Walid Al-Sahraoui, le chef de l’EIGS, et celles du cousin d’Iyad Ag Ghali, l’émir du GSIM, selon la note confidentielle d’une organisation internationale.

Entre les deux grands groupes djihadistes au Sahel, les années de coexistence pacifique ont, depuis six mois, cédé la place aux affrontements directs. Et si la lutte se joue sur des enjeux locaux, elle est également portée par la rivalité mondiale entre les deux maisons mères. Les premières escarmouches entre ceux qui ont prêté allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi et ceux qui demeurent fidèles à Ayman Al-Zawahiri, le successeur de Ben Laden, ont été répertoriées début janvier dans les environs de Mondoro, au Mali, près de la frontière avec le Burkina Faso, avant de s’étendre géographiquement sur les deux pays.

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Les combats les plus violents ont eu lieu durant les mois de mars et avril, avant de perdre en intensité. « Il y a eu des affrontements engageant des dizaines de motos appuyées par une trentaine de pick-up, mais la plupart des confrontations sont du hit and run [« frapper et se retirer »]. Les bilans humains les plus lourds sont intervenus lors de raids nocturnes du GSIM sur les positions de l’EIGS », relate un observateur attentif de la zone.

S’il est encore difficile d’avoir une vision exacte des événements, toutes les sources confirment que la coalition coiffée par Iyad Ag Ghali est jusqu’ici sortie largement victorieuse. « On a entendu qu’à Tatakarate l’EIGS s’est habillé aux couleurs du GSIM pour le tromper et faire exploser un véhicule kamikaze sur une de leurs positions. Depuis qu’ils se sont déclaré la guerre, l’EIGS a peut-être le nombre de combattants pour lui, mais l’expérience est du côté du GSIM », prévient le chef d’un groupe armé malien de la région des combats.

« La guerre va se poursuivre »

Durant les premiers jours de juin, les unités du GSIM continuaient de quitter Boulikessi, au Mali, pour se rendre au Burkina Faso, notamment dans l’est de ce pays désormais très fragilisé. Les forces djihadistes se seraient principalement regroupées le long de la frontière nigéro-malienne, alors que l’EIGS aurait établi son état-major près de Dolbel, au Niger, avec la ferme intention de récupérer les territoires perdus depuis janvier. « La guerre continue et va se poursuivre », analyse la note précédemment citée, confirmant que le Sahel, après le Moyen-Orient, est devenu un champ de bataille où les deux structures djihadistes jouent une partie de leur prééminence mondiale.

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