La paix incertaine en Libye malgré la fin de la « bataille de Tripoli »

La reprise par les forces progouvernementales de la capitale libyenne ne signifie en rien le retour au statu quo d’avant avril 2019. Entre-temps, la suzeraineté turco-russe s’est installée dans le pays.

Par Publié le 05 juin 2020 à 18h48

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Des combattants des forces loyales au gouvernement d’accord national, après la reprise de Tarhuna, en Libye, le 5 juin 2020.

Analyse. C’en est fini de l’aventure militariste du maréchal Khalifa Haftar en Libye, maquillée en lutte « antiterroriste ». Le patron de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), rebelle à l’autorité du gouvernement de Tripoli, a perdu vendredi 5 juin son dernier bastion à proximité de la capitale, épilogue d’une calamiteuse série de revers en Tripolitaine (ouest) essuyée en cascade depuis un mois. Les forces loyales au gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez Sarraj, reconnu par les Nations unies, ont repris pied dans Tarhouna, place forte résiduelle du maréchal dissident dans l’Ouest libyen, située à 80 km au sud-est de Tripoli. La veille, les unités de l’ANL avaient dû évacuer les ultimes poches urbaines (Qasr Bin Gashir) dans la foulée de la perte de l’aéroport international (non fonctionnel).

Une séquence trouble de l’histoire libyenne post-2011 vient de se clore. Elle aura duré quatorze mois précisément. Entamé le 4 avril 2019, l’assaut sur Tripoli déclenché par Haftar, ex-proche du « Guide » Mouammar Kadhafi devenu opposant exilé aux Etats-Unis avant de rallier l’insurrection de 2011 à Benghazi, aura illustré la tentative de rétablir un régime militaire à rebours des idéaux de la vague des « printemps arabes ».

D’abord méprisé par les chancelleries occidentales pour son aventurisme brouillon, Haftar aura su revenir en grâce à partir du moment où il a conquis le Croissant pétrolier – arc de terminaux d’exportation du brut – à l’automne 2016 puis liquidé les noyaux djihadistes de Benghazi la même année sous un déluge de feu.

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Maître du pétrole et de l’« antiterrorisme », Haftar a ainsi attiré l’intérêt croissant de capitales occidentales – Paris au premier rang – tandis que les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Egypte l’encourageaient avec des fournitures d’armes ou des financements à se désenclaver de la Cyrénaïque (est) pour se lancer à la conquête de l’ensemble de la Libye. A Tripoli, Faïez Sarraj, installé par les Nations unies mais otage de milices prédatrices – plus criminelles qu’idéologiques – n’aura guère eu le loisir d’imposer son autorité. Très vite, il s’est heurté à un torpillage en règle du processus institutionnel orchestré par Haftar.

Suzeraineté turco-russe

Après avoir feint de nouer un dialogue avec Sarraj sous les auspices des Français (sommets de La Celle-Saint-Cloud en 2017 puis de l’Elysée en 2018) et des Italiens (sommet de Palerme en 2018), le maréchal Haftar a montré ses intentions réelles en attaquant Tripoli en avril 2019 sous le fallacieux prétexte de « libérer » la capitale de « milices terroristes ». Cette tragi-comédie militaire aura duré à peine plus d’un an. Là où ses partisans s’attendaient à voir une population en liesse l’accueillir en sauveur, la majorité des résidents de la Tripolitaine se sont serré les coudes pour enrayer une équipée aux ambitions dictatoriales assez transparentes. Signe qu’une révolution a bien eu lieu dans ce pays en 2011, détail que certaines capitales avaient semblé oublier.

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