Au Ghana aussi, les chauffeurs de VTC dénoncent « une exploitation numérique »

Les applications Uber, Yango, Bolt ou First Class taxent à plus de 20 % les conducteurs, qui doivent encore payer la location de leur véhicule et l’essence. La grogne s’organise.

Par Dylan Gamba Publié le 26 mars 2020 à 19h00

Temps de Lecture 2 min.

Désinfection des rues du marché à Accra, devant une file de VTC, le 23 mars 2020.
Désinfection des rues du marché à Accra, devant une file de VTC, le 23 mars 2020. NIPAH DENNIS/AFP

Robert est enseignant dans le secondaire à Accra, la capitale ghanéenne. Mais depuis quelques mois, après la classe, ce trentenaire est aussi chauffeur VTC pour plusieurs applications, comme Uber ou Bolt, à raison d’une vingtaine d’heures hebdomadaires. « Le métier d’enseignant est très mal payé au Ghana, surtout en début de carrière », témoigne-t-il. Pourtant, entre « le prix de l’essence, la location de la voiture et les commissions exigées par les applications », il peine encore à arrondir ses fins de mois.

La grogne des chauffeurs VTC ne se cantonne pas aux grandes villes occidentales que sont New York, Paris ou San Francisco. A Accra aussi, où l’informel et les jobs mal payés sont le lot de nombreux travailleurs, le mécontentement de Robert est largement partagé par les autres chauffeurs privés. En septembre 2018 et en septembre 2019, ils se sont d’ailleurs mis en grève plusieurs jours pour dénoncer leurs conditions de travail. « Nous considérons qu’il s’agit d’une forme d’exploitation numérique », accuse Ishmael Oku, membre du syndicat Online Drivers Union Ghana, une plateforme créée en 2019 pour défendre les droits des chauffeurs alors que l’activité s’est largement développée au Ghana ces dernières années.

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Le pays anglophone d’Afrique de l’Ouest compte quelque 15 000 chauffeurs, répartis principalement entre Accra et Kumasi, la deuxième plus grande ville ghanéenne. Uber est leader sur le marché, mais d’autres applications telles que Yango, Bolt ou First Class se sont aussi fait une place. Un développement aussi rapide qu’il est facile de devenir chauffeur VTC. Pour Uber, il suffit d’avoir 25 ans, son permis de conduire et d’avoir visionné une vidéo de présentation. Et contrairement aux taxis, les chauffeurs VTC ne sont pas contraints d’exercer dans certaines zones prédéfinies.

Commissions prohibitives

Ces avantages n’empêchent pas les récriminations. Elles visent notamment les commissions prohibitives que s’octroient les applications, de 20 % pour Bolt à 25 % pour Uber. « Même si cela dépend évidemment du nombre d’heures travaillées, nous estimons qu’un chauffeur gagne en moyenne 2 200 cedis par mois (environ 360 euros), poursuit Ishmael Oku. Et il faut déduire la location du véhicule d’environ 1 600 cedis, mais également le prix de l’essence, ce qui fait qu’un chauffeur qui travaille plusieurs dizaines d’heures ne touche finalement que 400 cedis (environ 70 euros). »

Malgré l’épidémie due au coronavirus qui a provoqué une forte baisse du prix du baril au niveau international, les prix à la pompe n’ont pas bougé au Ghana, et tournent toujours au-dessus de 5 cedis le litre (0,80 euro). Autre grief pour les chauffeurs : les promotions accordées par les applications aux clients. « Lorsque nous faisons une course d’environ 28 kilomètres, nous devrions toucher 37 cedis, mais avec le système de réduction des différentes plateformes, les chauffeurs ne gagnent que 20 cedis à la fin », détaille Ishmael Oku.

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De leur côté, les applications de VTC affirment être ouvertes au dialogue. « Nous avons rencontré les chauffeurs et leurs représentants pour travailler ensemble à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Cela permet aussi aux conducteurs de mieux comprendre les contraintes du marché », souligne Kadotien Soro, responsable de Yango pour l’Afrique de l’Ouest, une application présente depuis juin 2019 au Ghana. Des propos qui ne convainquent pas Robert. « Nous aussi nous avons de nombreuses contraintes, insiste-t-il, Mais nous, nous gagnons très difficilement notre vie. » Tout en ayant deux métiers.

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