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Mes
ancêtres glorieux furent les
compagnons immédiats du Prophète - que sa bénédiction soit sur ma
descendance ! Le premier qui émigra fut, pour répandre l'islam jusqu'au
bout du monde, Idriss le grand, sultan du Maghreb, fondateur du Maroc et
de Fès dont le tombeau se trouve à Moulay Idriss du Zerhoum. C'est du
vivant de mon grand-père al-hajj al-Mustapha que ma famille vint
s'établir dans la plaine d'Ighris, près de Ma Asker aujourd'hui
dénommée Mascara, pour y diriger l'âme de la grande fédération des
tribus des Hachem.
Mais peu importe ma généalogie à un moment où elle n'a plus que
l'importance d'un fardeau: il ne suffit pas de demander quelle est
l'origine de l'homme, il faut au contraire interroger sa vie, ses actes,
son courage, ses qualités pour savoir qui il est et ce qu'il en est. Si
l'eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c'est
qu'elle vient d'une source pure. Le néant est mon aïeul, la nature est ma
mère. Au moment où la trompette de l'archange me signale qu'il est la
bonne Heure, j'affirme l'unicité de l'unité dans l'unité de l'être:
Je suis le Réel-Vrai, le Créateur, la Créature
Je suis Seigneur, je suis serviteur, esclave
Je suis le
trône, je suis la natte
Je suis l'enfer, géhenne, je suis le paradis, la récompense,
l'éternité
Je suis l'Eau
Je suis le Feu
Je suis l'Air
Je suis la Terre
Je suis le combien, je suis le comment
Je suis la présence, je suis l'absence
Je suis l'essence, je suis l'attribut
Je suis la proximité, je suis l'éloignement
Tout
être, voila mon être
Je suis unicité, je suis solitude.
La ilaha illa Huwa: non ! il n'y a pas de divinité, si ce n'est Lui et
je suis sans attribut.
(*)
Bruno Etienne, Abdelkader.
Hachette, Littératures, Paris 2003.
La
traduction par Bruno Etienne du poème de l'Emir Abdelkader, marquant son
accomplissement mystique, est donnée en italique.
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